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Arnaud Montebourg, le 25 août 2014 à Paris ERIC PIERMONT AFP
</aside>Paris - L'exécutif dans la tempête: Manuel Valls était à la manœuvre lundi pour constituer une nouvelle équipe, sans Aurélie Filippetti et sans Arnaud Montebourg, lequel a clairement laissé entendre que Benoît Hamon était également partant.
Après un week-end agité par les déclarations anti-austérité de M. Montebourg dans les pages du Monde et ensuite depuis son fief de Frangy-en-Bresse, le couperet est tombé lundi matin: le Premier ministre a présenté à François Hollande la démission de l'ensemble du gouvernement, près de cinq mois après sa nomination.
Manuel Valls, reçu pendant une heure lundi matin par le chef de l’Etat et attendu à nouveau à 18H30 à l'Elysée, est désormais chargé de constituer, d'ici mardi, une «équipe en cohérence avec les orientations» que François Hollande «a lui-même définies pour notre pays». Il a passé la journée à recevoir un à un à Matignon les ministres démissionnaires.
Le futur gouvernement se fera sans Arnaud Montebourg: depuis Bercy, il a assuré avoir dit au Premier ministre qu'il «reprenait sa liberté» - ce que M. Valls a accepté - faute d'être entendu sur la nécessité, selon lui, de «proposer des solutions alternatives» à la politique d'austérité menée en France. Il se retrouve désormais sans mandat. «Après le ministère, j'arrête la politique, en tout cas comme une carrière», confiait-il il y a un an avant d'ajouter: «la présidentielle est la seule élection à laquelle j'envisage de me représenter un jour», après la primaire pour 2012.
Ce sera aussi sans Aurélie Filippetti: l'ex-ministre de la Culture a pris les devants, disant n'être «pas candidate à un nouveau poste ministériel» car elle préfère «la loyauté à ses idéaux» au «devoir de solidarité» gouvernementale, dans une lettre au duo Hollande-Valls.
«Aujourd'hui», déplore-t-elle auprès d'eux, «vous avez choisi de clore ce débat pourtant attendu par nos militants et nos électeurs, par beaucoup de nos parlementaires et par les Français». «Faudrait-il désormais que nous nous excusions d'être de gauche ?», interroge-t-elle.
Quand au ministre de l’Éducation nationale, Benoît Hamon, qui s'est affiché aux côtés de M. Montebourg à la Fête de la Rose et a soutenu ses positions, rien encore d'officiel sur son sort. Toutefois, M. Montebourg lui a rendu hommage, lors de son discours de départ, le remerciant, avec Mme Filippetti d'avoir «fait le choix de ses convictions». M. Hamon devait s'exprimer au JT de France 2.
Drôle de destin, alors que ce sont ces trois ministres qui avaient activement manoeuvré pour qu'il accède à Matignon.
Selon une source gouvernementale, «Matignon cherche également des noms pour remplacer Christiane Taubira» à la Justice. Le nom de Bertrand Delanoë, l'ex-maire de Paris, circulait, comme à chaque remaniement.
- «Consensus» Valls-Hollande -
François Hollande, lui, n'a pas dit un mot sur cette phase critique de la vie gouvernementale. Il s'est exprimé, sous une pluie battante, vêtements et visage trempés, à l'île de Sein (Finistère) pour le 70e anniversaire de la Libération du pays, rendant hommage à la résistance de l'île face à l'Allemagne nazie.
Qui a pris la décision d'une démission ? Selon l’Élysée, la démission du gouvernement a fait l'objet d'un «consensus absolu» entre les deux hommes. En tout cas, pour Manuel Valls, il s'agit de se démarquer de l'époque Ayrault, marquée par de multiples «couacs». Selon un conseiller gouvernemental, François Hollande «a poussé une grande colère» aux Comores samedi, au moment de la parution de l'interview de M. Montebourg, alors qu'il avait publiquement minimisé la portée de ces propos.
A quoi ressemblera son gouvernement ? «On n'est pas dans l'idée d'un rétrécissement de la majorité. Manuel Valls est dans un état d'esprit de rassemblement très très large», a assuré à l'AFP le député Carlos Da Silva, proche du Premier ministre.
Emmanuelle Cosse, numéro un d'Europe Ecologie-les Verts, a toutefois prévenu que sur la question d'une participation des écologistes au gouvernement, «les conditions étaient encore moins réunies aujourd'hui qu'en avril», au moment de la formation du gouvernement Valls. «On ne nous l'a pas proposé», a-t-elle également précisé.
Dimanche soir, l'entourage de Manuel Valls avait lancé un premier avertissement en déclarant que M. Montebourg avait «franchi une ligne jaune» et que le Premier ministre était «décidé à agir». Mais l'hypothèse d'un simple recadrage était privilégiée.
- «Crise politique grave» pour l'UMP -
Arnaud Montebourg, invité d'Europe 1 lundi matin peu avant l'annonce de la démission du gouvernement, avait persisté dans sa critique du cap fixé par François Hollande, assurant toutefois qu'il ne se plaçait pas «dans l'hypothèse» d'un départ.
Aux commandes depuis le printemps d'un grand pôle ministériel économique, Arnaud Montebourg, 51 ans, a multiplié au cours de sa carrière politique les coups d'éclat.
Dimanche, à Frangy-en-Bresse, il avait reconnu avoir demandé à François Hollande une «inflexion majeure de notre politique économique», après avoir, samedi dans Le Monde, demandé de «hausser le ton» vis-à-vis de l'Allemagne, quand François Hollande, mercredi, lui, déclarait ne pas vouloir de «face-à-face» avec Berlin.
M. Montebourg représentait, avec Benoît Hamon, la caution de gauche du gouvernement. Il avait d'ailleurs pris du galon avec le gouvernement Valls en élargissant son portefeuille à l’Économie, outre le Redressement productif qu'il détenait depuis mai 2012.
L’implosion du gouvernement intervient après des résultats économiques désastreux - avec notamment une croissance nulle au 1er semestre - et peu avant les chiffres du chômage (publiés mercredi) qui ne cessent de battre des records.
Plusieurs responsables politiques de tous bords ont envisagé lundi une dissolution en réponse à la crise gouvernementale, telle la présidente du Front National, Marine Le Pen, mais aussi François Sauvadet, vice-président de l'UDI.
Luc Chatel, secrétaire général de l'UMP par intérim, a qualifié de «grave» «la crise politique ouverte par la démission du gouvernement». «On a une crise politique majeure», a affirmé Marielle de Sarnez (Modem).
Le numéro un du PCF, Pierre Laurent, a prédit «un nouvel échec» tandis que le Parti de gauche «exige un retour immédiat aux urnes». Le Parti socialiste a formulé le vœu d'un gouvernement de «cohésion».