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L’heure des décisions approche pour la réforme des retraites, qui sera l’un des grands marqueurs du quinquennat de François Hollande. Jean-Marc Ayrault reçoit les organisations syndicales et patronales lundi et mardi à Matignon. Une réunion de ministres est prévue mardi soir après ces rencontres, les arbitrages définitifs devant avoir lieu dans la foulée. Tout doit être bouclé au plus tard en milieu de semaine prochaine, date à laquelle le gouvernement doit transmettre son projet de loi au Conseil d’Etat et aux caisses de retraite.
Dimanche, avant l’intervention du Premier ministre sur France 2, la question du financement de la réforme restait en suspens. Tout l’été, le gouvernement a examiné de près l’option d’une hausse de la CSG. L’ampleur du relèvement de cette contribution, qui pèse sur une assiette de revenus très large, était en débat : une hausse de 0,2 point, limitée au financement des retraites, était à l’étude, mais aussi une hausse plus forte, de 0,5 point, qui permettrait alors de combler, outre le déficit des retraites, celui de l’assurance-maladie.
La piste de la CSG semblait, hier soir, moins probable, même si elle était toujours officiellement sur la table. « La logique de la CSG serait plus forte si l’on voulait aussi traiter la question de l’assurance-maladie, soulignait-on au sein de l’exécutif. Mais cela impliquerait une hausse plus importante des prélèvements. » Une hausse de 0,5 point rapporterait quelque 6 milliards d’euros. Or, François Hollande est de plus en plus sensible au débat, au sein même du gouvernement, sur le poids croissant des prélèvements obligatoires. « L’économie reste fragile, nous faisons attention à ne pas trop charger la barque des prélèvements », ajoute-t-on. « Il n’y a pas d’urgence absolue à combler le déficit de l’assurance-maladie », argumente un ministre. Autre problème, la CSG pèserait sur le pouvoir d’achat des actifs et des retraités, pas sur les employeurs. « Si l’on retenait cette solution, il faudrait par ailleurs demander un effort aux entreprises », a confié la ministre des Affaires sociales, Marisol Touraine, à La Rochelle.
Le secrétaire général de la CFDT appuie lui aussi dans ce sens. « Je suis très réservé sur la hausse de la CSG, a déclaré Laurent Berger hier dans « Le Journal du dimanche ». Pour les retraites, l’augmentation modérée des cotisations des entreprises et des salariés est plus logique ». « Tout le monde au sein de l’exécutif est très attentif à ce que dit la CFDT, leur soutien à cette réforme est essentiel », souligne un conseiller gouvernemental.
Bref, l’exécutif semblait ce week-end s’éloigner de la voie de la CSG, même si elle n’était toujours pas exclue officiellement. S’ils décident de ne pas toucher à la CSG, François Hollande et Jean-Marc Ayrault opteraient alors pour une hausse des cotisations retraite. « C’est la solution la plus évidente, c’est aussi celle que les syndicats privilégient car elle fait participer les employeurs », argumente un membre du gouvernement. Elle préserverait la logique contributive du système (chaque actif cotise pour sa retraite), distincte de la logique universelle qui prévaut pour l’assurance-maladie et les prestations familiales.
Autre avantage, la hausse des cotisations pourrait intervenir progressivement au cours des prochaines années. Elle aurait en revanche l’inconvénient d’alourdir le coût du travail, que le gouvernement cherche par ailleurs à réduire via le crédit d’impôt compétitivité. Le patronat est viscéralement hostile à tout relèvement des cotisations. Cette solution laisserait aussi ouverte la question de la participation des retraités à l’effort de financement.
Si l’Elysée et Matignon hésitent encore sur le financement de la réforme, d’autres volets sont plus avancés, voire quasiment bouclés, au moins dans leur principe. La durée de cotisation n’augmentera qu’à partir de 2020 , les droits familiaux seront revus pour favoriser les femmes... Lundi et mardi, le gouvernement insistera aussi sur la prise en compte de la pénibilité, un thème susceptible de séduire cette fois une large majorité de syndicats et de la gauche ( voir le décryptage vidéo de la rédaction des Echos ). Et d’atténuer l’ampleur de la mobilisation annoncée par la CGT et Force ouvrière le 10 septembre. Ce sera là « notre marque de fabrique » pour la réforme, a assuré hier Jean-Marc Ayrault à La Rochelle.