La succession mouvementée de Richard Descoings à la tête de Sciences Po Paris arrive à terme. Trois candidats, tous des hommes, ont été retenus hier, à l’issue d’une série d’auditions. Le nouveau patron de Sciences Po devrait être connu début mars, après le vote des instances dirigeantes
Il s’agit de la seconde tentative pour élire le successeur de Richard Descoings, décédé brutalement le 3 avril 2012 à New York, à 53 ans. La première s’était soldée en novembre 2012 par le refus de l’Etat d’avaliser le vainqueur, Hervé Crès, ancien bras droit de Descoings.
Après le fiasco, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche Geneviève Fioraso avait nommé un administrateur provisoire, le conseiller d’Etat Jean Gaeremynck, chargé de mener à bien un processus de désignation, plus transparent et plus démocratique. Certains ont critiqué la composition du nouveau comité de sélection et son manque d’ouverture, mais le dispositif est jugé bien plus satisfaisant que le précédent, largement biaisé.
Les trois finalistes, sur 32 candidats au départ, sont: un énarque, Frédéric Mion, qui a été «retenu à l’unanimité» par le comité de sélection, précise Sciences Po, un universitaire, Louis Vogel, et un «academic» américain Andrew Wachtel. Tous les deux ont été «choisis à une large majorité» parmi les six candidats restant encore en lice, et ils seront présentés sans ordre de préférence au vote des deux conseils dirigeants.
Frédéric Mion 43 ans, secrétaire général de Canal Plus, a créé la surprise. Son nom n’avait pas été rendu public jusqu’ici – les candidats pouvant choisir de rester dans l’anonymat. Il a un parcours brillant : ancien élève de l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, il a fait Sciences Po puis l’ENA, et il a étudié à la prestigieuse université de Princeton. Maître des requêtes au Conseil d’Etat, il a été avocat et a longtemps enseigné à Sciences Po.
Louis Vogel, 58 ans, est lui aussi un ancien de la rue Saint Guillaume. Agrégé de droit, détenteur d’un master of Laws de la fameuse Yale Law School, il a présidé l’université de Paris II-Panthéon-Assas, et vient d’achever son mandat à la tête de la Conférence des Présidents d’Université. Il a un cabinet d’avocats d’affaires avec son frère et il dirige actuellement l’Institut de droit comparé de Paris.
Andrew Wachtel, 50 ans, est un ancien de Harvard. Diplômé de l’Université de Berkeley, ancien Dean (doyen) de la Graduate School de Northwestern University, il connaît bien Sciences Po avec qui il a conclu un accord d’échange. Il préside actuellement l’Université américaine d’Asie centrale et est Fellow (membre) de l’American Academy of Arts and Sciences.
Le conseil d’administration de la FNSP (la Fondation Nationale des Sciences Politiques, qui gère l’école) et le conseil de direction de l’IEP (l’Institut d’Etudes Politiques, l’école elle-même qui n’a pas de budget) «se réuniront à la fin de la semaine prochaine afin de procéder au vote», annonce par ailleurs Sciences Po. Le nom qui en sortira sera ensuite soumis au gouvernement. Mais cette fois, on imagine mal qu’il soit recalé.