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Olivier Falorni dans un café de La Rochelle, vendredi 24 août. ©Jean-Claude Coutausse / french-politics pour "Le Monde"
Pendant des années, tous deux furent au cœur du dispositif. L’une, en tant que présidente de la région Poitou-Charentes, prononçait le discours d’ouverture. L’autre, comme responsable de la fédération socialiste de Charente-Maritime, intervenait lors de la séance de clôture. Cette année, l’université d’été du PS à La Rochelle se sera faite sans eux. Enfin pas tout à fait non plus : en politiques aguerris, Ségolène Royal et Olivier Falorni, puisque c’est d’eux qu’il s’agit, savent que l’on peut hanter un lieu par sa présence tout en en étant absent physiquement. L’un et l’autre, vendredi 24 août, en ont fait la démonstration.
En la matière, chacun a opéré comme il pouvait. Prenons d’abord Mme Royal. Pour elle, la contrainte était la suivante : ayant choisi de se rendre en Afrique du Sud au congrès de l’Internationale socialiste, dont elle est vice-présidente, pour ne pas avoir à revenir à La Rochelle deux mois après la sévère défaite que lui a infligé Olivier Falorni aux législatives, elle devait trouver le moyen de se rappeler au bon souvenir de ses camarades à 9 000 kilomètres de distance.
SUR LE PONT D'UN BATEAU
Pour ce faire, elle avait décidé d’utiliser trois vecteurs : Internet, son premier vice-président au conseil régional de Poitou-Charentes et ses sympathisants. Internet, ce fut un peu avant midi : à l’heure où les journalistes venaient retirer leurs accréditations pour l’université d’été du PS, ils reçurent par email le discours qu’elle avait prononcé l’avant-veille lors de l’université d’été des écologistes. Le vice-président de région, ce fut à 14 heures : chargé de représenter sa patronne pour l’ouverture des festivités, Jean-François Macaire a rappelé aux ténors du parti que Ségolène Royal "suivrait de très près les travaux de l’université pour les restituer à tous nos amis du monde". Quant aux sympathisants, c’est à 19 heures qu’ils se sont retrouvés, sur le pont d’un bateau : une cinquantaine de membres de l’association Désirs d’avenir, en présence de trois ministres ségolénistes, Dominique Bertinotti, Guillaume Garot et Najat Vallaud-Belkacem.
Olivier Falorni, lui aussi, avait choisi son moment pour exister : c’est à 15 h 30, juste à l’issue de la séance d’ouverture de l’université d’été, qu’il avait fixé son point presse. Les journalistes n’avaient ainsi pas à choisir. Après le "in", un peu ennuyeux mais incontournable, ils eurent le temps nécessaire pour se rendre à ce "off" organisé à quelques centaines de mètres de là dans un bar du port.
"FRUSTRATION"
Exclu du PS pour avoir maintenu sa candidature face à Ségolène Royal malgré les injonctions de la Rue de Solférino, le nouveau député répondit pendant une heure aux mêmes questions : "Oui, je ressens de la frustration à ne pas être présent à une université d’été que j’ai organisée pendant huit ans" ; "Non, je ne pense pas tous les jours en me rasant le matin à réintégrer le PS."
Sur leurs activités de ces jours-ci, les deux "absents" laissèrent aussi filtrer quelques informations qui en disent long sur leur état d’esprit du moment. Entretenant un certain mystère, M. Falorni glissa qu’il avait prévu des rendez-vous discrets, ce week-end, avec des "amis devenus ministres". Par email, Mme Royal suggéra à ses sympathisants et aux journalistes de lire un roman "magnifique" et de regarder un film "magistral". Le premier, de l’écrivain sud-africain J. M. Coetzee, s’intitule Disgrâce. Le second, du réalisateur américain Clint Eastwood, a pour titre Invictus. Ce qui peut se traduire de deux façons : "invaincu" ou "invincible".
Thomas Wieder (La Rochelle, envoyé spécial)
A voir en photos: La Rochelle, où le Parti socialiste cherche un véritable intérêt à se réunir