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Le Point.fr - Publié le 27/06/2012 à 17:48 - Modifié le 27/06/2012 à 17:52
Mario Monti, Angela Merkel et François Hollande lors de la conférence finale du sommet de Rome, le 22 juin. © Alberto Pizzoli / AFP
"Ce n'est pas un sommet banal. On attend des Européens qu'ils donnent enfin des solutions structurelles"
à la crise de l'euro, disait récemment Pierre Moscovici à propos de la réunion des dirigeants européens à
Bruxelles, jeudi et vendredi, qui risque de se prolonger le week-end.
Car ce n'est pas un mais deux sommets successifs qui se dérouleront au Juste Lipse, bâtiment digne d'un
architecte nord-coréen admirateur de Ceausescu, qui abrite le Conseil européen.
La première réunion se tiendra à vingt-sept. Les dirigeants de l'Union européenne auront sur la table un rapport de
sept pages, intitulé " Vers une véritable union économique et monétaire", qui propose un saut fédéraliste pour enrayer
la défiance des marchés envers un euro jugé bancal. Car la maison euro menace de s'écrouler. Il faut non seulement
revoir les fondations, mais aussi monter des échafaudages pour étayer le bâtiment.
Tout est à revoir, tout est à renforcer. Après consultation intense avec les autres dirigeants des institutions, dont le
désormais incontournable Mario Draghi, président de la BCE, Herman Van Rompuy, président du Conseil, propose
de créer une union bancaire avec une supervision européenne et un mécanisme de sauvetage des banques
alimenté par le privé, pour que ce ne soit plus la puissance publique qui s'en charge en s'endettant au point de
couler, comme on le voit en Espagne ou à Chypre. Il préconise une plus grande union économique, avec des
réformes structurelles, une union budgétaire qui passe par un abandon plus large de souveraineté en échange d'un
renforcement de l'euro. Il faut aussi plus d'union politique, pour servir de contrepoids à l'abandon des souverainetés nationales. Ce vaste programme, dont la réalisation prendra dix ans, sera discuté par les Vingt-Sept, mais pas adopté
avant décembre prochain. Les désaccords entre États membres sont encore nombreux.
En attendant, il faut bien répondre aux défis immédiats. "On doit préparer le moyen terme. Autrement, on se condamne
à gérer des crises successives, mais on doit traiter le court terme", dit-on de source française. Il y a urgence.
Ce sera le thème unique d'un deuxième sommet, réservé aux 17 pays de la zone euro, vendredi après-midi.
Car, à ce jour, cinq pays ont demandé l'aide financière à leurs partenaires, dont l'Espagne, quatrième économie
de la zone euro. Mais la troisième, l'Italie, est à son tour sur la sellette. L'obsession du chef de gouvernement italien
Mario Monti en arrivant à Bruxelles, c'est d'obtenir, avant la réouverture des marchés lundi, des moyens concrets
pour conjurer la menace que font planer les marchés sur son pays en le finançant à un taux de moins en moins
soutenable. L'ex-banquier et ancien commissaire européen a lancé des pistes : possibilité de rachat de la dette
italienne sur le marché secondaire ou mécanisme d'intervention automatique et immédiat pour agir sur le marché
primaire en cas de flambée des taux. Pour l'obtenir, Monti a dit qu'il était prêt à rester à Bruxelles "jusqu'à dimanche".
Mais Angela Merkel reste arc-boutée sur ses positions : seules la discipline et les réformes sauveront la zone euro.
C'est notamment pour lui donner des gages et l'encourager à bouger que Mario Monti devait faire voter mercredi soir
une profonde réforme du marché du travail, qualifiée par son gouvernement de "changement culturel". Convaincre
"madame Nein", c'est aussi l'objectif de François Hollande lors d'un dîner à l'Élysée mercredi soir. Il faut faire
converger la discipline réclamée par la chancelière vers la solidarité réclamée par Paris, Rome et Madrid.
Déjà ardue, la tâche est compliquée par les relations rapidement dégradées du jeune nouveau couple
franco-allemand. "Le dialogue progresse et se veut le plus fluide possible", commente-t-on prudemment
côté français. Traduction : ce n'est pas gagné.