Depuis le 15 février, la Lybie est le théâtre d'une contestation et de manifestations sans précédent contre le régime du colonel Mouammar Kadhafi, au pouvoir depuis plus de 40 ans. Le point mardi 1er mars.
Situation politique. Au 15e jour d'un soulèvement sans précédent, Mouammar Kadhafi et ses forces ne contrôlent plus que Tripoli et sa région alors que l'opposition, forte du contrôle de l'Est et de plusieurs villes de l'Ouest, se prépare à marcher sur la ville. Mouammar Kadhafi a invité lundi les Nations unies à envoyer une mission d'information en Libye, selon la chaîne de télévision ABC. Il a aussi nié avoir fait attaquer des manifestants par son aviation, tout en reconnaissant que des avions ont bombardé des sites militaires et des dépôts de munitions. Il a également accusé les pays occidentaux d'abandonner son gouvernement en plein milieu de sa lutte contre les "terroristes", ajoutant qu'il se sentait trahi par les Etats-Unis.
Les dirigeants de la contestation ont mis en place un "Conseil national indépendant" représentant les villes tombées aux mains des insurgés. Et l'Union européenne est en train "d'établir des contacts" avec les autorités de transition.
Situation économique. L'agence de notation Fitch abaisse de nouveau la note de la Libye, deux semaines après une première dégradation, de "BBB" à "BB", la relèguant en catégorie spéculative, invoquant des "conditions politiques et économiques chaotiques".
Situation diplomatique. Le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé a assuré mardi devant l'Assemblée nationale qu'"aucune intervention militaire" ne se ferait en Libye "sans mandat clair des Nations unies". Et de rappeler que le dirigeant libyen Mouammar Khadafi est "bunkerisé à Tripoli et ses abords". Les chefs d'Etat et de gouvernement des pays de l'UE réfléchissent notamment à une interdiction de l'espace aérien. Un exil du dirigeant Mouammar Kadhafi est "une possibilité" pour mettre fin à la révolte sans précédent qui secoue la Libye, a pour sa part estimé le porte-parole de la Maison Blanche lundi. Peu après, le Pentagone annonçait que l'armée américaine positionnait des forces navales et aériennes autour de la Libye. Pour autant, aucune action militaire n'est prévue en Libye impliquant des navires américains, selon la secrétaire d'Etat Hillary Clinton.
Le chef de la diplomatie canadienne Lawrence Cannon a déclaré qu'il "ne semble pas y avoir de consensus" entre les alliés occidentaux sur l'imposition d'une zone d'exclusion aérienne en Libye.
Situation humanitaire. Les deux avions civils français transportant des personnels médicaux et de l'aide médicale sont arrivés mardi au Caire. Leur cargaison doit ensuite être acheminée à Benghazi.Le Programme alimentaire mondial de l'ONU a averti vendredi que la chaîne d'approvisionnement en nourriture en Libye "était en danger de s'effondrer".
Gel des avoirs. L'Union européenne a adopté lundi un embargo sur les armes contre la Libye ainsi qu'un gel des avoirs et des interdictions de visa contre le colonel Mouammar Kadhafi et 25 proches, allant au-delà des sanctions décidées samedi à l'ONU, selon des diplomates européens. L'UE étudie en plus le gel des avoirs de sociétés libyennes liées au régime de Mouammar Kadhafi. Dans une résolution adoptée samedi à l'unanimité, le Conseil de sécurité a imposé notamment un embargo sur la vente d'armes et de matériels connexes à la Libye et une interdiction de voyager sur le sol des Etats membres concernant seize personnes, dont Mouammar Kadhafi, sept fils et sa fille et des personnes intimement liées au régime.
Nombre de victimes. Le nombre de morts en Libye se compte par milliers et non par centaines, d'après l'ambassadeur adjoint de la mission libyenne à l'ONU, Ibrahim Dabbashi. Un total de 256 personnes ont été tuées et 2.000 blessées à Benghazi, dans l'est de la Libye, au cours de l'insurrection contre le régime du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, selon des médecins de cette ville cités dimanche par le Comité international de la Croix Rouge (CICR).
Immigration illégale. La France a demandé l'organisation d'un sommet européen pour décider d'une "stratégie commune" face à la crise libyenne et aux menaces qu'elle fait peser en matière d'immigration. Un sommet extraordinaire de l'UE sur la Libye et l'Afrique du Nord aura donc lieu le 11 mars. En attendant, "un fonds d'urgence de 25 millions d'euros est à disposition et en cas de crise humanitaire majeure, nous devrons trouver des fonds supplémentaires", a déclaré la commissaire en charge de l'Immigration et de la Sécurité, Cecilia Malmström. Après le passage de 70.000 à 75.000 personnes de la frontière libyenne à la frontière tunisienne, le Haut-Commissariat aux réfugiés de l'Onu a alerté mardi sur une situation qui a atteint "un niveau de crise".
Selon Frontex, l'agence de surveillance des frontières européennes, entre 500.000 et 1,5 million d'étrangers, pour la plupart originaires de pays d'Afrique sub-saharienne, vivent en Libye.
Crimes contre l'humanité. Le Conseil de sécurité a décidé de transférer au procureur à la Cour pénale internationale (CPI) "la situation en Libye depuis le 15 février" et demande aux autorités libyennes de "coopérer pleinement" avec le tribunal. Or, lundi, le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, a annoncé mener un examen préliminaire, préalable à une éventuelle enquête pour crimes contre l'humanité en Libye.
(Challenges.fr)