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C’est la première épreuve économique sérieuse pour le gouvernement d’Enrico Letta né il y a 70 jours. Un an, presque jour pour jour après Moody’s, et quatre mois après Fitch, c’est au tour de l’agence de notation américaine Standard & Poor’s de déclasser la note de l’Italie, de BBB+ à BBB, à deux crans du niveau spéculatif, avec perspective négative.
Au lendemain de la décision de Bruxelles d’accorder une marge de flexibilité sur les investissements, cela ressemble fort à un acte de défiance, en bonne et due forme, sur les chances de reprise de la troisième économie de la zone euro avant la fin de l’année.
«La décision de déclassement reflète notre vision d’une détérioration ultérieure des perspectives économiques italiennes, dans la foulée d’une décennie de croissance réelle moyenne de -0,04%», estime le communiqué de Standard & Poor’s, sans cacher ses doutes sur les perspectives de reprise. L’agence a même revu à la baisse sa prévision de recul du PIB à -1,9% pour cette année (contre -1,4% en mars). En outre, elle fustige les «rigidités» du marché de l’emploi italien et la forte détérioration de la compétitivité du pays qui a vu «sa part du marché global des biens et des services reculer d’un tiers entre 1999 et 2012».
Inattendue, la sanction de Standard & Poor’s risque de peser lourdement sur la perception du risque italien en jetant une lourde hypothèque sur les prévisions du gouvernement Letta. Selon les calculs du Trésor, la récente sortie de l’Italie de la procédure pour déficit excessif devrait se traduire par une marge de flexibilité supplémentaire de 15 milliards d’euros (co-financés à 50/50 avec l’Europe) dans les comptes publics italiens.
Mais cette marge de flexibilité reste conditionnée au maintien du déficit italien sous la barre des 3%. Sur la base de la prévision d’un rapport déficit/PIB de 2,3% à 2,4% pour 2014, l’Italie compte bénéficier d’une «enveloppe d’investissements supplémentaire de 15 milliards d’euros environ». Le gouvernement Letta y voit une manne potentielle pour stimuler la croissance et la création d’emplois, au moment où le taux de chômage vient d’atteindre 12,2% en mai, soit son plus haut niveau depuis 1977.
Mais les économistes sont loin d’être unanimes sur les perspectives de reprise de l’économie italienne au dernier trimestre. Selon un récent rapport de Mediobanca Securities, le risque d’un recours de l’Italie à une procédure de sauvetage de l’Union européenne reste élevé dans les six prochains mois.
Après cinq ans de récession, le rapport estime que l’Italie reste confrontée à des risques majeurs compte tenu du tarissement du crédit bancaire et d’une détérioration persistante de la conjoncture et de la situation financière des grandes entreprises. Pis : Mediobanca estime que le pays a de fortes chances de solliciter une forme de «sauvetage» européen d’ici la fin de l’année, avec 50% de probabilité d’une crise gouvernementale avant 2014. La décision de Standard & Poor’s risque d’apporter de l’eau à son moulin.