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Le Point.fr - Publié le <time datetime="2014-06-04T21:19" itemprop="datePublished" pubdate="">04/06/2014 à 21:19</time> - Modifié le <time datetime="2014-06-04T22:13" itemprop="dateModified">04/06/2014 à 22:13</time>

Le président syrien Bachar al-Assad a été réélu ce mercredi 4 juin pour un mandat de sept ans avec 88,7 % des voix, a annoncé le président du Parlement, à la suite d'un scrutin controversé qualifiée de "farce" par l'opposition et les pays occidentaux. Les deux autres candidats qui lui servent de faire-valoir, Hassan al-Nouri et Maher al-Hajjar, ont obtenu respectivement 4,3 % et 3,2 %.
15,8 millions d'électeurs étaient invités à voter sur les 40 % du territoire contrôlés par le président sortant Al-Assad, où vit près de 60 % de la population. Parmi eux, 11,6 millions ont participé au scrutin, soit un taux de participation ade 73,42 % contre 95,86 % en 2007 lors du référendum qui avait reconduit Assad, au pouvoir depuis 2000 et qui mène une guerre sanglante contre les rebelles depuis trois ans.
L'annonce de la réélection a été accompagnée par des tirs de joie qui ont fait trois morts à Damas, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Une source de sécurité a ajouté que des dizaines d'autres personnes avaient été blessées dans plusieurs quartiers de la capitale en raison des tirs intenses d'arme automatique pour célébrer la réélection pour sept ans de Bachar al-Assad. La télévision officielle Al-Ikhbariya a diffusé en direct des scènes de liesse de partisans de Assad, tandis qu'au même moment les militants anti-régime et des opposants en exil répétaient sur les réseaux sociaux le leitmotiv du Printemps arabe : "le peuple veut la chute du régime".
Malgré la guerre qui a fait plus de 162 000 morts, déraciné quelque neuf millions de personnes et laissé le pays en ruines, une partie de la population soutient Assad. "Des millions de Syriens sont sortis voter bravant le terrorisme et les voitures piégées pour affirmer la légalité d'un nouveau mandat de Bachar al-Assad qui durera jusqu'à 2021", écrivait ainsi le quotidien al-Watan. Mardi, les journalistes de l'AFP ont constaté une affluence importante, et le vote a été prolongé de cinq heures "en raison de l'afflux des électeurs" selon les autorités. Pourtant "plus de 130 obus de mortier ont été tirés sur Damas et ses environs", tuant trois personnes, et 19 personnes ont été tuées à Alep, a indiqué l'OSDH.
L'Occident qui soutient l'opposition syrienne modérée a dénoncé la tenue du scrutin dans un pays à feu et à sang, et l'OSDH a affirmé que le régime avait "forcé" des citoyens à voter sous peine d'arrestation. La chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton a qualifié l'élection d'"illégitime" et estimé qu'elle minait "les efforts politiques pour trouver une solution à cet horrible conflit". Elle a également appelé le régime syrien à engager de "véritables négociations politiques".
Dans une déclaration à CNN, l'ancien ambassadeur américain à Damas, Robert Ford, a estimé que les Etats-Unis n'avaient "pas été capables de gérer les causes du conflit, en terme de combats sur le terrain et de l'équilibre des forces". "Maintenant, il y a une menace extrémiste grandissante", a-t-il ajouté, allusion à la présence d'extrémistes dans les zones rebelles. Washington invoque cette présence pour ne pas fournir d'armes à l'opposition modérée.
"Les rebelles modérés ont besoin de moyens pour modifier l'équilibre des forces sur le terrain, au moins dans certaines régions", a encore dit M. Ford, affirmant que les rebelles combattaient maintenant à la fois le régime et les jihadistes. Pour le chef de l'opposition en exil, Ahmad al-Jarba, "les dictateurs ne sont pas élus, ils gardent le pouvoir par la force et la peur, ce sont les deux raisons qui poussent les Syriens à participer à cette mascarade".