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Publié le 13 juillet 2011 à 06h42
Mis à jour le 13 juillet 2011 à 06h50
Après l’attaque de son ambassade à Damas, Paris s’indigne du silence du Conseil de sécurité de l’ONU.
« Nous essayons de convaincre, les Russes notamment, qu’il n’est pas acceptable que le Conseil de sécurité laisse se produire ce qui est train de se produire en Syrie », expliquait Alain Juppé au lendemain de l’attaque de l’ambassade de France à Damas. La partie n’est pas facile pour le ministre des Affaires étrangères.
Depuis plusieurs semaines, la Russie et la Chine bloquent un projet de résolution qui vise à condamner les violences perpétrées par le régime de Bachar al-Assad contre sa population. Les manifestations violentes organisées par le pouvoir syrien devant les représentations diplomatiques française et américaine vont-elles amener, comme l’espère Alain Juppé, ces deux grandes puissances à reconsidérer leur position ? Le « précédent libyen » n’arrange pas les choses.
En acceptant, le 17 mars, de ne pas opposer leur veto à la résolution (n°1973) qui a permis à la coalition menée par la France de bombarder les forces du colonel Kadhafi, Moscou et Pékin ont l’impression de s’être fait rouler dans la farine. Ils reprochent aux pays engagés dans l’intervention une lecture « extensive » de ladite résolution, qui, il est vrai, prévoyait uniquement la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne destinée à protéger les populations révoltées contre le régime de Tripoli. Une fois ce résultat atteint, Paris et Londres se sont impliqués militairement aux côtés de la rébellion avant d’exiger, avec Washington, le départ du guide libyen.
« Ingérence ! » se sont écriés les dirigeants des pays émergents. Les Brics (acronyme de Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) renâclent à laisser « l’Ouest » continuer à façonner un ordre mondial favorable à ses intérêts. Forts de leur puissance économique, ils entendent dorénavant faire entendre leur voix. Au Proche-Orient notamment. « La position de nos partenaires occidentaux consiste à faire pression uniquement sur le gouvernement et le président syrien », regrette ainsi Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russe. « Nous pensons que cette approche est mauvaise », ajoute le diplomate, dont le pays entretient des relations étroites avec Damas. Tout en condamnant « les actions entraînant la mort de civils pacifiques », le Kremlin accuse l’opposition syrienne « d’utiliser la force et la violence afin de faire des manifestants une cible pour la police ».
Ce qui pourrait débloquer la situation – à l’ONU dans un premier temps – c’est que Russes et Chinois soient convaincus que Bachar al-Assad n’est plus l’homme de la situation. Hillary Clinton s’y emploie : « Le président Assad n’est pas indispensable […] Il ferait une erreur en pensant que les Etats-Unis redoutent sa chute », assure la secrétaire d’Etat américaine.
La Syrie conserve-t-elle son entière capacité de nuisance ? Placé au cœur d’une région clé pour la paix mondiale, elle était jusqu’à présent en mesure de déstabiliser l’ensemble de ses voisins. Il en va ainsi du Liban, où le Hezbollah, qu’elle soutient, contrôle le fragile équilibre communautaire qui permet au pays de préserver son unité. Mais aussi de l’Irak, dont le gouvernement se méfie de ce « pays frère » qui, en 2003, a laissé transiter sur son territoire des milliers de djihadistes pressés d’en découdre avec l’envahisseur américain. C’est enfin le cas d’Israël où l’on s’inquiète d’un saut dans l’inconnu. Vu de Tel-Aviv, le régime autoritaire de Bachar al-Assad, en dépit de son soutien aux ennemis du Hezbollah libanais et du Hamas palestinien, présente au moins un avantage : il garantit l’ordre et le calme sur le plateau du Golan, frontière entre les deux pays.