La ministre de la Justice, qui a démissionné du gouvernement ce mercredi, a essuyé des dizaines d'attaques racistes et de rumeurs tout en long de sa fonction.
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Icône pour certains, épouvantail pour d'autres, rarement une ministre aura été aussi clivante dans l'opinion publique que Christiane Taubira. Cible privilégiée d'une partie de la classe politique, tout au long tout de ses 1.351 jours passés à la Chancellerie, Christiane Taubira, qui a présenté sa démission mercredi 27 janvier, aura déchaîné les passions à droite et à l'extrême droite.
Retour sur un passage au ministère de la Justice marqué par de nombreuses attaques outrancières et parfois racistes, qui ont largement dépassé le cadre politique.
Au printemps 2013, alors que la loi sur le mariage pour tous est en passe d'être promulguée, une rumeur affole internet : Christiane Taubira se rendrait chaque dimanche dans une prison en Alsace pour rendre visite à son fils, emprisonné pour meurtre... et en hélicoptère !
A l'origine de ce ragot, la publication d'une lettre attribuée à une certaine Edith Besançon et que les opposants à la politique de la ministre partagent en masse sur les réseaux sociaux. En accusant au passage cette garde des Sceaux soi-disant "laxiste" de modifier le code pénal pour assurer une libération rapide à ce fils "meurtrier"...
"Lettre d'une mère à une autre mère" commence ainsi :
Sauf que cette lettre, et le reste de l'histoire, est bidon, comme le rappelle France Info. Il s'agit en réalité d'un courrier de 2009, envoyé par une mère de famille à un membre de l'ETA, l'organisation terroriste basque.
Les attaques les plus cruelles contre Christiane Taubira ont été teintées de racisme. Premier épisode d'une longue série, en octobre 2013 : un reportage diffusé dans "Envoyé Spécial" montre la candidate FN aux élections municipales à Rethel (Ardennes), Anne-Sophie Leclère, assumer le partage sur sa page Facebook d'un montage abject : la garde des Sceaux est placée à côté d'un petit singe avec les légendes : "à 18 mois" et "maintenant"...
Face caméra, la candidate FN explique - très sérieusement :
Saisi par le mouvement guyanais Walwari - fondé en 1992 par Christiane Taubira - , le tribunal correctionnel de Cayenne a condamné, en juillet 2014, la candidate frontiste à neuf mois de prison ferme, 50.000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité et le FN à 30.000 euros d'amende. Anne-Sophie Leclère - depuis exclue du FN - a par la suite obtenu en appel l'annulation de ce jugement.
Mais Anne-Sophie Leclère n'est pas la seule à avoir traité de singe la garde des Sceaux. Le mouvement anti-mariage homosexuel, "La Manif pour tous", a aussi repris à son compte la "comparaison" raciste à plusieurs reprises.
En novembre 2013, alors que la ministre est en déplacement à Angers, elle est interpellée par des opposants au mariage pour tous, qui brandissent des peaux de banane à son passage :
Au cours des mêmes manifestations, Xavier Beauvais, l'ancien curé de la paroisse de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, proche du mouvement intégriste Civitas, avait crié :
Poursuivi pour injure raciale, il s'est vu relaxé le 13 janvier 2016, par le tribunal correctionnel qui a jugé que les éléments constitutifs de l'infraction "n'apparaissent pas pleinement réunis". Pour sa défense, l'ancien curé avait juré qu'il ne connaissait pas la "connotation raciste" de l'ancien slogan publicitaire...
Toujours à l'automne 2013, le journal "Minute" revenait à la charge. Le 13 novembre 2013, l'hebdomadaire d'extrême droite consacrait sa "une" à la Garde des Sceaux : "Maligne comme un singe, Taubira retrouve la banane", suscitant une vague d'indignation générale - mais avec quelques nuances - dans la classe politique française.

La couverture de "Minute", le 13 novembre 2013.
Le 17 septembre 2015, la cour d'appel de Paris confirmait la peine prononcée en première instance en octobre 2014, et condamnait Jean-Marc Molitor - le directeur de "Minute" - à 10.000 euros d'amende. C'est le parquet qui avait fait appel de cette décision, jugeant la peine trop clémente.
En mars 2015, c'est Gérald Darmanin, le député-maire UMP de Tourcoing (Nord), qui s'égare. Sur le plateau de LCI et Radio Classique, l'élu s'interroge au sujet de la montée du Front national :
De son côté, Christiane Taubira qualifiera les propos du maire de Tourcoing de "déchets de la pensée humaine".
Et la droite s'est aussi laissée aller à des dérapages racistes. Toujours en mars 2015, une élue UMP, première adjointe au maire de Juvisy (Essonne) est prise la main dans le sac sur sa page Facebook. En réponse à une internaute qui lui lance que la ministre de la Justice "partira quand elle tombera de son arbre", l'élue de droite lui emboîte le pas :
En octobre 2015, c'est au tour d'une autre élue Les Républicains de déraper sur les réseaux sociaux. L'adjointe aux affaires scolaires de Talant (banlieue de Dijon), publie la Une "Taubira doit partir" de l'hebdo ultra-conservateur "Valeurs actuelles".
L'élue commente :
Avec la démission de Christiane Taubira, aujourd'hui, ses opposants perdent leur punching-ball favori. Pas sûr cependant que son départ de la Chancellerie préserve la désormais ex-garde des Sceaux de ce genre d'attaques. A l'annonce de son remplacement par Jean-Jacques Urvoas, de nombreux internautes ont appelé... à "sabrer le champagne".
Lucas Burel