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Tir groupé à droite contre la une de «Marianne»

 

POLITIQUES 11/08/2010 À 13H47
Tir groupé à droite contre la une de «Marianne»

Nadine Morano réclame des «excuses publiques» à l'hebdo qui traite Sarkozy de voyou. Jean-François Kahn lui rétorque que ce serait plutôt à elle de démissionner.


Morano contre Marianne, deuxième round. Lundi, la secrétaire d'Etat, qui entretient ces temps-ci des relations quelque peu contrariées avec les médias (florilège ici), s'en était pris à MARIANNE, à une vision «insultante» et«démagogique» de l'hebdo. Pour rappel: une photo de Sarkozy barrée du titre «Le voyou de la République.» Sous-titre: «Xénophobe et pétainiste? Certes pas. Mais aucun interdit moral de l'arrête. Et, pour garder le pouvoir, il est prêt à tout.» A l'intérieur, un dossier ouvert par un article de six pages signé Jean-François Kahn. Le co-fondateur deMarianne y compare le Président à un «caïd des cités».

Nadine Morano ne décolère pas. Ce mercredi, elle est repartie à l'offensive, sur RTL: «Lorsqu’on est journaliste et qu’on écrit dans un magazine qui s’appelle Marianne, qui est un de nos symboles de la République (…) et qu’on utilise des propos tels qu’il a été utilisé à la une de Marianne, c’est simple: soit on change de nom, soit on présente des excuses publiques, parce que ce n’est pas acceptable.»

«C’est antirépublicain et on ne peut pas véhiculer des valeurs antirépublicaines en utilisant le nom de Marianne. Les journalistes de Marianne sont en train de salir un des symboles de la République.»

Entre temps, ses camarades députés UMP ont assuré le relais dans une belle cohésion. Patrick Ollier y est ainsi allé hier de sa leçon de déontologie journalistique par voie de communiqué : «Marianne et Jean-François Kahn, qui donnent dans la provocation permanente, dépassent aujourd’hui ce que peut autoriser la liberté de la presse en France», fait savoir le député et conseiller politique de l'UMP.

«Vouloir faire des titres, souhaiter attirer le maximum de lecteurs pour renforcer les équilibres financiers que l’on sait délicats pour ce journal, conduit Jean-François Kahn à confondre le côté spectaculaire d’un titre et le respect que l’on doit à la fonction présidentielle et à Nicolas Sarkozy qui l’exerce au nom des Français.» Conclusion, c'est celui qui dit qui l'est: «Par cela, M. Kahn s’est conduit en voyou de la presse!»

«C’est insulter la France»

En écho, Francoise Hostalier, députée UMP du Nord: «Attaquer ainsi la personne du président de la République, élu au scrutin universel, c’est insulter la France et insulter tous les Français». «Comment exiger des jeunes (et moins jeunes d’ailleurs) qu’ils respectent les représentants de l’autorité de l’Etat, s’ils voient dans les étals des librairies que le Président de la République peut ainsi être traîné dans la boue?»

Troisième salve et même réthorique sobre avec Eric Ciotti ce matin dans le FigaroMarianne«Ce n’est plus un journal aujourd’hui, même pas un tract.» «Marianne a gravi un échelon de plus dans l’outrance, tout cela à des fins commerciales.»

En guise «d'excuses publiques», Jean-François Kahn répond à Nadine Morano que «si on pousse sa logique, ce serait plutôt à elle de démissionner.» «Elle est dans la violence excessive et systématique. On ne peut pas, quand on est ministre, dire que la presse emploie "des méthodes des années 30", "des méthodes fascistes" (à propos de Mediapart sur l'affaire Woerth-Bettencourt, à la sortie du conseil des ministres du 7 juillet, ndlr)».

Kahn voit deux raisons à l'attaque du «clan sarkozyste» contre la une de Marianne. Un, c'est bien connu, il n'y a que la vérité qui blesse :«Quand on voit leur réaction, ça veut bien dire qu'on a touché juste.» Deux: «Il y a chez eux l'idée, qui n'est pas nouvelle d'ailleurs, de vouloir tuer Marianne».Et plus généralement «de museler les médias qui veulent assurer leur rôle critique.» Dont Mediapart, qui le mois dernier se faisait traiter, entre autres amabilités, de «site de ragots» par... Nadine Morano.

Pendant ce temps, à gauche, on dit désapprouver la une «voyou» tout en glissant que Sarkozy l'a bien cherché. Dans France Soir, le député PS Claude Barolome rappelle ainsi que «depuis qu'il est au pouvoir, Nicolas Sarkozy n'a eu de cesse d'insulter ici un pêcheur, là un agriculteur, ou encore les habitants des quartiers. Un tel comportement n'est pas sans conséquences graves sur l'image de notre République et de ses dirigeants. Le président porte une grande part de responsabilité dans cette dérivé verbale». Laquelle, en attendant, fait vendre: le Marianne de cette semaine devient introuvable en kiosque.

 Source :(© AFP Bertrand ) 

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