Les réformes
économiques et politiques récentes en Birmanie n’ont clairement pas bénéficié aux très jeunes enfants. Même avec l’arrivée massive de touristes et les regards des investisseurs étrangers tournés vers la Birmanie, le travail des enfants continue à prospérer dans les magasins, les restaurants, les karaokés, les cafés ou encore les salons de massages.
J’ai rencontré un enfant de 11 ans qui travaille dans un salon de thé à Rangoun. Comme j'étais un client régulier, nous sommes devenus amis. Il m’a raconté son histoire : ses parents sont fermiers près du delta de l'Irrawaddy, au sud de Rangoun. Il a quitté l’école à 9 ans, à la demande de sa famille, pour trouver du travail en ville. Il gagne 30 000 kyats par mois (environ 24 euros), beaucoup moins que ses amis plus expérimentés qui peuvent espérer gagner 50 000 kyats (40 euros) [il n'existe pas encore de
salaire minimum légal en Birmanie, NDLR]. Ses employeurs lui offrent les repas, un lit dans une pièce minuscule au-dessus du salon de thé qu’il partage avec d’autres enfants. Il garde 10 000 kyats pour ses besoins personnels (huit euros) et envoie le reste de son salaire à ses parents.
L’enfant interrogé par notre Observateur est le serveur avec un tee-shirt vert.
"Ces enfants dorment cinq à six heures par nuit, parfois moins"
Je suis bouleversé de voir à quel point cet enfant est exténué. Lui et ses collègues se lèvent à quatre heures du matin pour nettoyer le salon, laver les tasses et préparer les tables. Certains font même la cuisine, d’autres servent les clients toute la journée jusqu’à 22 heures. Ils dorment cinq à six heures par nuit, parfois moins. Lorsqu’il y a des matchs de football à la télévision – parfois très tard à cause du décalage horaire entre l’Europe et la Birmanie – ils ne peuvent aller se coucher que lorsque tous les clients sont partis, vers minuit ou 1 heure du matin. Et le lendemain, ils doivent tout de même être opérationnels à 4 heures. Ils n’ont jamais de jour de repos.
J’ai aussi été ému par l’histoire d’un garçon de 14 ans qui travaille dans un bar à nouilles dans le centre-ville de Rangoun. Il est l’aîné d’une fratrie de sept enfants, et il a dû commencer à travailler à 13 ans pour aider sa famille. Il voulait continuer ses études, mais ses parents n’en avaient pas les moyens. Il m’a dit qu'il espérait toujours retourner à l'école [seule l'école élémentaire, soit jusqu'à 9 ou 10 ans, est obligatoire en Birmanie, NDLR].
Ces enfants sont exploités, ils souffrent et n’ont aucun avenir. Ils sont le futur de notre nation, mais ils sont déjà détruits. Ce n'est pas bon pour le futur du pays.