La diffusion du portrait-robot d’un motard aperçu par des témoins sur la scène du quadruple meurtre de Chevaline, au lendemain d’une enquête de la télévision britannique, marque une nouvelle étape dans les investigations. La diffusion «assez large» du portrait robot de cet homme portant un casque et un bouc doit avoir lieu dans les prochains jours, a déclaré mardi le procureur de la République d’Annecy, Eric Maillaud.

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La présence de ce motard sur les lieux du crime était connue des enquêteurs grâce à des témoignages d’agents de l’Office national des forêts (ONF), mais ils avaient fait le choix de ne pas diffuser de portrait-robot pour des «raisons stratégiques». «Nous ne voulions pas que cette personne soit amenée à se dissimuler», a expliqué Eric Maillaud. Le modèle très particulier du casque, produit en peu d’exemplaires, a également conduit les enquêteurs à ne pas diffuser de portrait-robot plus tôt. Des investigations ont été menées pour tenter de le retrouver, «mais cela n’a rien donné de probant», a précisé le lieutenant-colonel Benoit Vinnemann.

Des agents de l’ONF avaient en effet reconduit la moto qui s’était aventurée à travers des sentiers forestiers sur le chemin de la combe d’Ire. Lorsque le conducteur de la moto avait levé la visière de son casque, les agents avaient pu «apercevoir» son visage, a rapporté le magistrat.

 
 

C’est sur le parking de cette route forestière de la combe d’Ire, près d’Annecy, que Saad al-Hilli, Britannique d’origine irakienne de 50 ans, sa femme et sa belle-mère ont été retrouvés morts, tués de plusieurs balles dans la tête le 5 septembre 2012. Le corps d’un cycliste de la région, probable victime collatérale, avait également été découvert gisant à côté de la voiture de la famille. Les deux filles du couple al-Hilli avaient survécu à la tuerie, l’une d’elle étant blessée.

Changement de stratégie

Au lendemain de la diffusion par la BBC d’une enquête dans laquelle deux témoins clé racontent avoir vu un motard et un 4X4 de type BMW X5, à proximité des lieux du crime, les enquêteurs ont été amenés à changer de stratégie en diffusant le portrait-robot. Brett Martin, un cycliste britannique qui avait découvert les corps, a ainsi expliqué lundi soir à la télévision publique britannique avoir croisé un motard au moment où il arrivait sur les lieux. Le témoignage d’un garde-forestier français fait état de son côté d’un motard tout de noir vêtu se dirigeant vers le parking où la famille al-Hilli a été tuée.

Au terme de son enquête, la BBC a désigné ce motard comme l’auteur présumé de la tuerie, mais précise que les deux témoins ont également signalé la présence du 4X4 gris, avec volant à droite, conduit par un homme «légèrement chauve et à la peau sombre». Un appel à témoins avait d’ailleurs été lancé huit mois après les faits pour tenter d’identifier les occupants de ce 4X4, sans résultat. <«Rien ne permet d’affirmer que le motard est l’auteur des crimes. Ce que nous disons c’est que les meurtres ne peuvent pas être le fait d’un seul homme», a souligné Eric Maillaud

Embuscade

Quelque 21 douilles avaient été découvertes sur la scène de crime, orientant dans un premier temps vers la thèse de plusieurs tireurs, abandonnée depuis pour celle d’un seul tireur ayant rechargé son arme. Ce scénario laisse cependant ouverte la possibilité de complices présents sur les lieux. «L’hypothèse la plus vraisemblable c’est que la moto a précédé par des chemins de traverse la voiture de la famille al-Hilli», a avancé le magistrat.

«Dans l’hypothèse d’une embuscade, il est très probable que quelqu’un fasse le gué, mais uniquement dans cette hypothèse, or nous n’excluons en rien la piste d’un tireur isolé», a nuancé Benoit Vinnemann. Trois pistes principales sont aujourd’hui explorées par les enquêteurs : le conflit familial sur fond d’héritage, la piste irakienne et l’espionnage industriel. 

L’interpellation, près de Londres, en juin, du frère de Saad al-Hilli, Zaïd, relâché peu après faute de preuves, semble privilégier la piste familiale, mais ces derniers jours, Zaïd a tenu à clamer son innocence dans la presse. S’il reconnaît qu’il était en conflit avec son frère au sujet de l’héritage de leur père, après avoir affirmé dans un premier temps aux enquêteurs être en bons termes, il nie avoir orchestré la tuerie.

AFP