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Un policier a été tué et 59 autres blessés dans les troubles qui ont eu lieu en Tunisie après l'assassinat mercredi de l'opposant Chokri Belaïd, et 375 personnes ont été arrêtées, a indiqué le ministère de l'Intérieur dans un bilan diffusé tard samedi soir. Le ministère, qui ne dresse pas de bilan des civils dans son communiqué, a aussi fait état d'une dizaine de postes des forces de l'ordre attaqués entre mercredi et vendredi. Il n'indique pas non plus combien de bureaux du parti islamiste au pouvoir ont été attaqués, saccagés ou incendiés dans les heurts, alors que l'AFP en a recensé une dizaine.
Quelque 6.000 partisans d'Ennahda, le parti islamiste au pouvoir depuis l'avènement de la « révolution de jasmin » de janvier 2011 et les élections, se sont rassemblés pour manifester leur soutien à Rached Ghannouchi. Le président d'Ennahda avait été la cible, la veille, de slogans hostiles lors des obsèques de Chokri Belaïd, qui ont rassemblé la plus grande foule depuis 2011 et le renversement de l'autocrate Zine ben Ali. « Le peuple veut de nouveau Ennahda ! », scandaient les islamistes, brandissant des drapeaux tunisiens et l'emblème du parti en marchant sur le ministère de l'Intérieur en empruntant l'avenue Habib Bourguiba, la plus grande artère de la capitale. « Nous sommes venus pour soutenir la légitimité mais si vous préférez le pouvoir de la rue, regardez la rue aujourd'hui, ce pouvoir, nous l'avons », a déclaré à la foule Lofti Zitoun, un responsable d'Ennahda.
Le Premier ministre tunisien a assuré samedi que les ministères régaliens aux mains de son parti islamiste seront remplacés par des indépendants dans le gouvernement apolitique qu'il veut former contre l'avis de son propre camp. « Tous les ministres seront des indépendants, y compris à l'Intérieur, la Justice et aux Affaires étrangères », a déclaré Hamadi Jebali à la chaîne d'informations France 24 qui l'interrogeait sur l'avenir de ces ministères clés auxquels le parti Ennahda refuse de renoncer.
En conflit avec son parti islamiste, le Premier ministre tunisien a déclaré aux médias tunisiens être prêt à démissionner s'il échouait à former un gouvernement de technocrates avant le milieu de la semaine prochaine. « Je présenterai l'équipe au plus tard au milieu de la semaine prochaine. Si elle est acceptée (...) je continuerai à assumer mes fonctions de chef du gouvernement, à défaut, je demanderai au président de la République de chercher un autre candidat pour composer un nouveau gouvernement », a-t-il dit.
Quelques centaines de manifestants scandaient des slogans pro-islamistes et anti-français dans le centre de Tunis lors d'un rassemblement à l'appel du parti islamiste au pouvoir Ennahda, ont constaté les journalistes de l'AFP. « France dégage » et « Le peuple veut protéger la légitimité » du pouvoir en place, criaient ces militants réunis sur l'esplanade du théâtre municipal, à une centaine de mètres de l'ambassade de France, sur l'avenue Habib Bourguiba, axe névralgique du centre de la capitale. La manifestation à l'appel des jeunesses d'Ennahda a débuté un peu avant 14H00 (13H00 GMT) avec pour mots d'ordre du rassemblement « la défense de la légitimité de l'Assemblée nationale constituante » (ANC) et la lutte « contre la violence » politique et « l'ingérence française ». La référence à l'ANC vise clairement le Premier ministre Hamadi Jebali, pourtant numéro 2 d'Ennahda, qui a répété vendredi se tenir à sa « décision de former un gouvernement de technocrates », si besoin sans « l'aval de l'Assemblée nationale constituante ». Dans le mots d'ordre de la manifestation figure aussi l'opposition à « l'ingérence française » pour dénoncer des propos du ministre français de l'Intérieur. Jeudi, Manuel Valls avait dénoncé « un fascisme islamique qui monte un peu partout ». Affirmant toutefois « garder espoir dans le rendez-vous électoral pour que les forces démocratiques et laïques, celles qui portent les valeurs de cette révolution du Jasmin, demain l'emportent ».
Elle intervient dans un contexte de tensions de divisions au sein du parti islamiste, le Premier ministre Hamadi Jebali ayant annoncé la formation imminente d'un gouvernement de technocrates , ce que son parti, dont la direction est plus radicale que lui, refuse. La France s'était abstenue de commenter l'appel à manifester samedi des islamistes au pouvoir en Tunisie pour défendre la « légitimité » du pouvoir et aussi condamner « l'ingérence française » après des propos d'un ministre français qui ont fait grand bruit à Tunis.
Des manifestants ont incendié dans la nuit de vendredi à samedi les locaux de mouvements islamistes près de Sidi Bouzid, berceau de la révolution de 2011, alors que la Tunisie est plongée dans la tourmente après le meurtre d'un opposant. Les manifestants ont mis le feu au siège du parti au pouvoir Ennahda et à celui d'une ONG islamiste dans la ville de Souk Jedid à 17 km de Sidi Bouzid. Ils ont aussi incendié trois bureaux du siège de l'administration du district, ont indiqué des témoins à l'AFP. Des heurts ont aussi opposé dans la nuit à Sidi Bouzid même la police et un groupe de jeunes qui ont tenté de s'introduire dans un dépôt de la douane, a constaté un journaliste de l'AFP. Par ailleurs, par mesure de précaution, Ennahda a évacué les locaux du parti à Sidi Bouzid. Des heurts opposent régulièrement policiers et manifestants en Tunisie depuis l'assassinat mercredi de Chokri Belaïd. Près d'une dizaine de locaux d'Ennahda ont été saccagés ces derniers jours. Sidi Bouzid est le berceau de la révolution qui a chassé Zine El Abidine Ben Ali du pouvoir. Elle avait été déclenchée par l'immolation d'un vendeur ambulant excédé par la misère et le harcèlement des policiers. Cette région du centre du pays est parmi les plus déshéritées. Le chômage et la pauvreté étaient des facteurs clé de la révolte.