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Tunisie : les islamistes promettent le pire en cas de défaite électorale

Tunisie : les islamistes promettent le pire en cas de défaite électorale

Guy Sitbon - Marianne | Vendredi 21 Octobre 2011 à 05:01 |
Cent un partis, mille quatre cent listes s’alignent au départ des élections tunisiennes de dimanche prochain. Les islamistes, emmenés par Rached Ghannouchi, guide des religieux d’Ennahda, se disent optimistes. Si leur triomphe n'advient pas, c'est qu'il y aura eu des micmacs lors du scrutin. Et là, attention ! Ghannouchi annonce qu'il fera « descendre ses troupes dans la rue », qu'il « refera la révolution », « fera chuter un, deux, dix gouvernements ».


A Tunis, les paris sont ouverts. Les islamistes récolteront-ils dimanche une majorité relative ou une majorité absolue ? Rached Ghannouchi, guide des religieux d’Ennahda, ne fait pas mystère de son pronostic. Son parti rassemblera plus de 50% des voix, a-t-il annoncé dans les colonnes du journal cairote Al Ahram. Le lendemain, dans une conférence de presse à laquelle j’ai assisté, le Cheikh a justifié son pari : « Je suis un optimiste ».

Son rêve est à portée de main. A 70 ans, parachevant une longue marche, il sera en son pouvoir d’instaurer en Tunisie une république islamiste. La religion, prévoit-il, « sera la source de toutes les lois et de toute la culture. » Le cheikh Ghannouchi, peut-être pour nous consoler, fait savoir aussi que son parti occupera le pouvoir bien plus longtemps qu’un an (durée de l’Assemblée Constituante élue dimanche prochain). Il pressent qu’il gagnera aussi les élections suivantes et que les intégristes ne sont pas près de nous lâcher les baskets. Rideau, la fête est finie.

Chantage
Passée l’euphorie de la Révolution, la Tunisie s’ensevelirait en toute liberté et très démocratiquement dans une médiévale théocratie. C’est en tout cas la prémonition, la divination dira-t-on, pour rester à la hauteur des circonstances, du futur homme fort. Allah ou Akbar, Dieu est le plus grand.

Le cheikh Ghannouchi vend peut-être un peu vite la peau du bourricot. Cent un partis, mille quatre cent listes s’alignent au départ des élections de dimanche prochain. Les sondages accordent à quatre ou cinq formations un score raisonnablement honorable. Dieu est tout puissant, c’est entendu, mais les électeurs ont tout de même leur mot à dire.

Dimanche dernier, sur l’avenue Mohammed V, à Tunis, une manif en faveur de la liberté d’expression a rassemblé plus de monde que les défilés de casseurs islamistes. Les filles y étaient ravissantes à mourir, les garçons plus métal rock que la music, on se serait cru au quartier Castro de San Francisco. Ce n’était certes qu’un visage du pays mais pas moins tunisien que le vénérable cheikh. Tous ces laïcs pur sang ont bien l’intention de déposer un bulletin sans voile.

Oui, mais attention aux tricheurs qui planent au dessus du nid de coucou, s’alarment les islamistes. Des centaines (des milliers ?) d’observateurs accourus des quatre horizons se tiennent sur pied de guerre pour débusquer l’irrégularité la plus anodine. On peut douter de l’existence de Dieu mais pas de l’intégrité du scrutin.

Quel que soit le résultat, on ne pourra pas s’interroger sur sa sincérité. La Tunisie n’aura rien à envier à la Finlande et au Canada. Dimanche à 20 heures, les scores annoncés seront vrais et sincères. Tout le monde en est persuadé. Sauf le cheikh Ghannouchi. Il a peur qu’on lui vole son triomphe. Et il menace : s’il n’obtient pas la majorité qui lui revient de droit divin, c’est qu’il y aura eu micmacs, que des mains impies auront manipulé les urnes.

Et là, attention ! Il fera « descendre ses troupes dans la rue », il « refera la révolution », il « fera chuter un, deux, dix gouvernements ». En somme, ou bien les électeurs lui offrent la souveraineté sur un plateau ou bien il mettra le pays à feu et à sang. Et il vous annonce ce cauchemar avec un sourire serein dans sa barbe blanche comme s’il vous proposez d’aller boire un café.

Le spectre de la guerre civile algérienne
En écoutant ce chantage, Najib Chabbi, le patron du parti le plus anti-intégristes, a vu rouge. Il a demandé : « Dans quel pays sommes nous ? Toujours en Tunisie ? Ou dans l’Algérie de 1991 ? ». Personne n’a oublié le déclenchement de la guerre civile algérienne. Souvenons nous. Le 26 décembre 1991, se tenaient en Algérie les premières (et dernières à ce jour) élections libres du monde arabe. Les islamistes du FIS l’emportèrent haut la main dès le premier tour. L’armée, d’un coup d’Etat, anéantit le processus électoral et prit le pouvoir. Une insurrection islamiste s’en suivit. 200 000 morts en dix années de braises.

Vingt ans après, aujourd’hui, les insurgés barbus ravagent encore le pays voisin. Est-ce à ce langage-là que voudraient se convertir M. Ghannouchi s’il perd dimanche prochain ? Personne à Tunis ne le croit mais personne ne devrait non plus jouer avec les braises. Ici, les barbus ne manquent aucune occasion de cheminer au bord du gouffre.
Dieu le leur pardonnera-t-il ?
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