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La police anti-émeutes disperse les manifestants réunis dans le parc Gezi d'Istanbul le 15 juin 2013 Ozan Kose AFP
</aside>ISTANBUL - La police turque a évacué samedi par la force le dernier carré des manifestants qui occupaient le parc Gezi d'Istanbul, le bastion de la fronde antigouvernementale qui agite la Turquie depuis deux semaines, après un nouvel ultimatum du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan.
Peu avant 21h00 locales (18h00 GMT), les forces de l'ordre sont intervenues avec des canons à eau pour disperser des centaines de personnes qui s'étaient réunies sur la place Taksim, puis sont entrées dans le parc, qu'elles ont vidé de tous ses milliers d'occupants par des jets de grenades lacrymogènes. Plusieurs personnes ont été interpellées.
De nombreuses tentes dans lesquelles les occupants s'apprêtaient à passer une nouvelle nuit ont été détruites et leurs banderoles arrachées.
"Ils sont entrés de force, avec beaucoup de gaz. Ils nous ont frappé, même les femmes", a raconté à l'AFP un des manifestants, Ader Tefiq.
"Ils nous ont pris nos lunettes de protection et nos masques", a rapporté de son côté Mey Elbi, une professeur de yoga de 39 ans qui se trouvait dans le parc lorsque la police l'a investi. "Nous sommes en colère mais ce n'est pas fini", a-t-elle ajouté, "le monde entier a vu que lorsque nous sommes ensemble, nous pouvons tenir tête à Tayyip".
Sitôt connue l'évacuation du parc, des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue à Istanbul et dans la capitale Ankara aux cris de "gouvernement, démission!" ou "c'est partout Taksim, c'est partout la résistance".
A Istanbul, la police a repoussé à plusieurs endroits la foule avec des gaz lacrymogènes et des canons à eau.
Le vice-Premier ministre Huseyin Celik s'est lui félicité de l'évacuation du parc. "J'espère que nous pourrons oublier tout ça, comme un mauvais rêve ou un cauchemar", a-t-il dit.
Deux heures plus tôt, le chef du gouvernement avait lancé un nouvel avertissement aux manifestants, lors d'un discours prononcé devant plusieurs dizaines de milliers de partisans réunis dans une lointaine banlieue d'Ankara.
"Nous avons une réunion publique demain à Istanbul. Je le dis clairement: si Taksim n'est pas évacuée, les forces de sécurité de ce pays sauront comment l'évacuer", a lancé M. Erdogan sur le ton ferme qu'il affectionne depuis le début de la crise.
Samedi matin, la coordination des manifestants, le collectif Solidarité Taksim, avait annoncé son refus de quitter le parc Gezi, malgré les gestes de conciliation du pouvoir.
Irréductibles
"Nous allons poursuivre notre résistance contre toute injustice dans notre pays (...) Ce n'est qu'un début, notre lutte se poursuivra!", a-t-elle indiqué, "aujourd'hui nous sommes bien plus forts, organisés et optimistes qu'il y a dix-huit jours".
Lors d'une rencontre avec une délégation de la société civile, dont deux porte-parole de la coordination des manifestants, M. Erdogan avait promis qu'il ne toucherait pas au parc tant que la justice, saisie par les adversaires de la destruction du parc, n'aurait pas définitivement tranché le dossier.
Mais les irréductibles du parc Gezi ont refusé catégoriquement ce que le pouvoir a présenté comme des concessions.
"Nous restons dans le camp parce que nos demandes n'ont pas été satisfaites par le gouvernement", a expliqué à l'AFP Ata, futur docteur en mathématiques. "Il veut montrer son pouvoir pour nous intimider, nous menacer", a-t-elle ajouté, "mais c'est précisément pourquoi nous sommes là, c'est tout le problème", a-t-elle ajouté.
Le 31 mai, la police est intervenue pour disperser violemment des militants écologistes qui protestaient contre la destruction annoncée du parc Gezi et de ses 600 platanes dans le cadre d'un projet contesté d'aménagement de la place Taksim.
La colère provoquée par cette opération a suscité la plus vaste fronde contre le gouvernement islamo-conservateur turc depuis son arrivée en pouvoir en 2002. Dans de nombreuses villes du pays, des dizaines de milliers de manifestants exigent la démission de M. Erdogan, accusé de dérive autoritaire et de vouloir islamiser la société turque.
Sûr du soutien d'une majorité de la population, le chef du gouvernement, dont le Parti de la justice et du développement (AKP) a raflé 50% des voix aux législatives de 2011, a adopté une position très ferme face aux contestataires, qualifiés à longueur de discours de "pillards" ou d'"extrémistes.
Samedi encore devant ses partisans, il s'est présenté comme la "voix des masses silencieuses" et a salué ses partisans qui donnent "la vraie image de la Turquie".
Le Premier ministre doit tenir dimanche après-midi une nouvelle réunion publique avec des dizaines de milliers de manifestants à Istanbul.
Les brutalités policières et l'intransigeance de M. Erdogan face aux protestataires lui ont valu de nombreuses critiques et terni son image à l'étranger, notamment auprès des États-Unis et des pays de l'Union européenne.