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Ukraine : l'armée autorisée à utiliser les armes

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Ukraine : l’armée autorisée à utiliser les armes
Par Les Echos | 19/02 | 13:28 | mis à jour à 22:05 | 3commentaires

Les services de la sécurité d’Etat veulent déloger les « groupes extrémistes » qui occupent des bâtiments publics dans tout le pays. Barack Obama estime que l’armée ne devrait pas intervenir dans une situation susceptible d’être résolue par les civils.

Les affrontements entre policiers et manifestants ont provoqué la mort d’au moins 25 personnes mardi - AFP/Sergei Supinsky

Les affrontements entre policiers et manifestants ont provoqué la mort d’au moins 25 personnes mardi - AFP/Sergei Supinsky

La nuit tombe sur Kiev mais l’escalade de violence se poursuit, alors que le président Viktor Ianoukovitch a remplacé mercredi en fin de journée le chef d’état-major des armées, et nommé Iouri Iliine chef d’état-major, en remplacement de Volodymyr Zamana, selon le texte du décret publié sur le site de la présidence, qui ne donne pas de raison à cette nomination.

L’armée ukrainienne peut d’ailleurs, désormais, faire usage de ses armes et limiter la circulation, dans le cadre des mesures antiterroristes prises par les autorités pour neutraliser les « extrémistes » présents parmi les manifestants, a indiqué mercredi le ministère de la Défense. « Les troupes ont le droit d’utiliser leurs armes dans le cadre de l’opération antiterroriste », a indiqué le ministère dans un communiqué. Les soldats ont aussi le droit de « limiter ou interdire la circulation des transports et des piétons », et les militaires peuvent effectuer des contrôles d’identité et arrêter les personnes ayant commis des « actes illégaux », est-il aussi indiqué.

Quelques heures auparavant, les services de la sécurité d’Etat (SBU) en Ukraine lançaient une « opération antiterroriste » à l’échelle du pays en raison de l’occupation de bâtiments publics par des « groupes extrémistes ». «  Dans de nombreuses régions du pays, des bâtiments municipaux, des locaux du ministère de l’Intérieur, de la sécurité d’Etat et du parquet, des sites militaires et des dépôts d’armes sont pris d’assaut », a déclaré le chef du SBU, Oleksandr Iakimenko, dans un communiqué publié sur le site Internet de son organisation.

Obama inquiet des conséquences des violences

Mercredi dans la soirée, Angela Merkel a indiqué s’être entretenue avec le président russe Vladimir Poutine, soutien indéfectible du président ukrainien Viktor Ianoukovitch. Ils auraient convenu de « tout faire pour éviter une escalade de la violence » en Ukraine, lors d’un entretien téléphonique.

De son côté, Barack Obama a prévenu mercredi que les violences en Ukraine auraient des conséquences si elles continuaient, et il a estimé que l’armée ne devait pas intervenir dans une situation susceptible d’être résolue par les civils. Le président des Etats-Unis, qui s’exprimait après une rencontre avec son homologue mexicain Enrique Pena Nieto, a dit condamner les violences de la façon la plus ferme, et a réaffirmé qu’une solution pacifique restait possible.

Enfin, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a demandé mercredi au gouvernement ukrainien de « renoncer à user d’une force excessive » contre les manifestants et de respecter « les exigences et les aspirations de la population ». Il souhaite la « fin immédiate des violences » et estime que « le recours à de telles mesures par l’une ou l’autre partie est totalement inacceptable ».

EN DIRECT - La situation à Kiev :    VIDEO

 

Hollande « condamne les violences »

Le ton se durcit ce mercredi dans les capitales européennes à propos des violences en Ukraine qui ont fait au moins 25 morts dans la nuit. Depuis l'Elysée, François Hollande a « condamné les violences ». « Il se produit des actes inqualifiables, inadmissibles, intolérables », a estimé le chef de l'Etat français lors d'une conférence commune avec la chancelière allemande Angela Merkel, à l’issue d’un conseil des ministres franco-allemand à l’Elysée. « Nous avons condamné tous ces actes et la répression venant du pouvoir [...] Ceux qui ont commis ces actes, ceux qui se préparent à en commettre d'autres, doivent savoir qu'ils seront sanctionnés » , a-t-il ajouté.

La Maison Blanche dénonce également les violences « scandaleuses » qui se sont déroulées à Kiev et renouvelé son appel au président ukrainien Viktor Ianoukovitch à calmer la situation. Les violences dans la capitale ukrainienne, où des affrontements entre policiers et manifestants sont « totalement scandaleuses » et « n’ont pas leur place au XXIe siècle », a affirmé un proche conseiller du président Barack Obama, Ben Rhodes, lors d’un point de presse dans l’avion Air Force One.

L'ÉCLAIRAGE DE LA RÉDACTION - « Ukraine : des accents de guerre froide au sein de la communauté internationale »     VIDEO

 

L’Europe en ébullition, le Kremlin en colère

Le ministre des Affaires étrangères polonais Radoslaw Sikorski a annoncé mercredi après-midi qu’il était « en route » pour Kiev à la demande de la chef de la diplomatie européenne. Dans la matinée, il avait également annoncé via les réseaux sociaux qu’il se rendrait « prochainement » à Kiev « à la demande de la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton ».

A Berlin, le ministre Allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a dénoncé la « grosse faute de Ianoukovitch » : «  Les manoeuvres dilatoires du président Ianoukovitch ont coûté cher à l'Ukraine. Son refus de discussions sérieuses sur une solution pacifique au conflit et sur une réforme constitutionnelle est une grosse faute ».

Côté britannique, le ministre des Affaires étrangères William Hague a déclaré sur Twitter que le gouvernement ukrainien devrait « rendre des comptes » sur la façon dont il a géré la situation politique.

 

Le chef du gouvernement polonais, Donald Tusk, a appelé mercredi ses partenaires européens à introduire « des sanctions qui devraient toucher sévèrement les auteurs du drame ukrainien, des sanctions personnelles et financières ». «  Les sanctions peuvent être un geste de solidarité indispensable et un signal important pour le pouvoir qu’il n’y a pas d’acceptation pour leur action », a-t-il affirmé dans un discours au parlement.

Mercredi matin encore, les diplomates français, allemands mais aussi polonais se « concertaient » sur le sujet, alors que devait démarrer le conseil des ministres franco-allemand à l'Elysée . Laurent Fabius a annoncé qu’il se rendrait jeudi en Ukraine avec ses homologues allemands et polonais pour faire le point sur la situation avant une réunion avec ses homologues européens. « Sans attendre, nous avons décidé avec mon collègue polonais et mon collègue allemand (...) de nous rendre demain matin à Kiev pour recueillir les dernières informations avant la réunion à Bruxelles en début d’après-midi », a déclaré le chef de la diplomatie française lors d’une conférence commune aux côtés du secrétaire d’Etat américain John Kerry à Paris. « Chacun doit se mobiliser pacifiquement pour revenir au dialogue et favoriser une solution dans ce pays », a-t-il ajouté.

 

A l’issue de ce dernier, François Hollande et Angela Merkel ont unanimement « condamné » des « actes inqualifiables, inadmissibles », assurant que les auteurs seraient « sanctionnés ». Ils demanderont « des sanctions » contre Kiev jeudi lors d'une réunion de l'UE. Les ministres des Affaires étrangères de l'UE vont se réuniront en urgence demain à Bruxelles pour discuter de sanctions contre le régime du président ukrainien, a annoncé Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne. Celle-ci a convoqué mercredi matin une réunion des ambassadeurs de l'UE chargés des questions de sécurité, au cours de laquelle « toutes les options seront étudiées, y compris des sanctions contre les responsables de la répression et des violations des droits de l'Homme ». Une première mesure a été prise puisque la Banque européenne d’investissement (BEI) a annoncé le gel de ses activités en Ukraine. Pour le président de la BEI, Werner Hoyer un maintien des activités serait « irresponsable ».

De son côté, la Russie n'a pas changé sa position. Le Kremlin évoque toujours une « tentative de coup d'Etat » de la part des manifestants. «  La partie russe exige que les leaders [de l'opposition] fassent cesser l'effusion de sang dans leur pays, reprennent sans délai le dialogue avec le pouvoir légitime sans menaces ni ultimatum », a déclaré la diplomatie russe. Le porte-parole de Vladimir Poutine a affirmé que «  le président russe n'a jamais donné et ne donne pas de conseils à son homologue ukrainien sur ce qu'il faut faire ou ne pas faire, et n'a pas l'intention d'en donner à l'avenir ».


La nuit tragique du 18 février
Le bilan s’est encore alourdi mercredi, après que les troupes anti-émeutes ukrainiennes ont lancé un Selon le ministère de la Santé, il atteignait 26 morts mercredi en fin de journée, et plus de 600 blessés. Les policiers ont avancé et pris position autour du monument qui se trouve au milieu du Maïdan, peu après 4 heures du matin (02 heures GMT) après une pluie de grenades lacrymogènes et assourdissante. Les tentes situées autour du monument ont pris feu les unes après les autres.
Les manifestants ripostaient en jetant des pavés. Pour se protéger des forces de l’ordre, les contestataires ont dressé un mur de feu. Derrière ce rideau de flammes, des opposants, casqués, équipés de gourdins et de boucliers en métal semblables à ceux des policiers, formaient une première ligne de défense.
Malgré les condamnations qui se sont multipliées sur la scène internationale, le président Viktor Ianoukovitch a refusé d’arrêter l’assaut et exigé que les manifestants évacuent la place du Maïdan, ont déclaré les leaders de l’opposition après l’avoir rencontré mardi soir. Le précédent bilan officiel, publié avant l’assaut, faisait état de cinq civils et sept policiers tués.
Le Maïdan est devenu le centre de la contestation, née de la volte-face pro-russe des autorités fin novembre, au détriment d’un rapprochement avec l’Union européenne. Une grogne qui s’est transformée en un rejet du régime du président Viktor Ianoukovitch.

VIDEO - Nouvel assaut mercredi matin :

Ianoukovitch menace de poursuites

Le président ukrainien Viktor Ianoukovitch a menacé mercredi de poursuites les leaders de l’opposition « qui ont franchi les limites » avec les tentatives violentes de « prise de pouvoir ». «  Les leaders de l’opposition ont négligé le principe de la démocratie selon lequel on obtient le pouvoir à l’issue des élections et non dans la rue [...] Ils ont franchi les limites en appelant les gens à prendre des armes », a déclaré le président dans une adresse à la nation, alors que l’assaut était en cours contre les manifestants dans le centre de Kiev. « C’est une violation criante de la loi et les coupables comparaîtront devant la justice », a-t-il poursuivi.

Il a reproché aux leaders de l’opposition d’avoir appelé « les radicaux sur le Maïdan à une lutte armée » avant même que ne s’ouvre une session parlementaire mardi qui « aurait pu voir approuvées les lois qui auraient changé l’Ukraine ». « Ils ont bloqué le parlement [...] et ont exigé tout le pouvoir pour l’opposition et immédiatement », a-t-il poursuivi. «  Sans avoir un mandat du peuple, ces soi-disant hommes politiques ont tenté de prendre le pouvoir en violant la Constitution à l’issue de violences et de meurtres », a-t-il dit en référence aux victimes des affrontements de mardi.

Selon lui, l’opposition doit soit « prendre ses distances avec les radicaux » soit « reconnaître qu’elle les soutient ». « Dans ce cas-là on leur parlera différemment », a-t-il ajouté.

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