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Un homme fait face à la police dans le centre de Kiev, le 20 janvier 2014 Sergei Supinsky AFP
</aside>Situation très tendue à Kiev où des milliers de manifestants ont bravé de nouveau les forces de l'ordre en fin de journée, au lendemain d'une nuit d'affrontements violent. Ces manifestations «dégénèrent en troubles massifs» et sont une menace pour toute l'Ukraine, a réagi le président ukrainien Viktor Ianoukovitch dans une adresse aux Ukrainiens en appelant l'opposition au dialogue. «Je comprends votre participation à des actions de protestation massives (...) mais quand les actions pacifiques dégénèrent en troubles massifs et sont accompagnées de violences et d'incendies criminels, cela menace non seulement les citoyens à Kiev mais toute l'Ukraine», a-t-il déclaré, selon le texte disponible sur le site de la présidence. «J'appelle au dialogue, au compromis au calme», a-t-il ajouté.
Cette déclaration intervient alors que le parquet général ukrainien a qualifié d'un «crime contre l'Etat» ces manifestations, appelant les opposants à cesser de descendre dans la rue et à affronter les forces de l'ordre. «Nous devons immédiatement mettre un terme aux émeutes qui sont accompagnées de violence, d'incendies criminels, de troubles violents et qui menacent la sécurité nationale de l'Ukraine Ce n'est pas que du hooliganisme. C'est un crime contre l'Etat», a déclaré le procureur général Viktor Pchonka dans un communiqué. Un peu plus tôt, c'est l'ex-Première ministre emprisonnée Ioulia Timochenko avait apporté son soutien aux manifestants.«Je m'adresse à vous, femmes et hommes forts d'Ukraine, avec des mots de soutien et de confiance. Défendez l'Ukraine, et n'ayez peur de rien. (...) Il n'y a pas d'autres moyens pour que le peuple vienne à bout de la mafia. Vous êtes des héros», a écrit l'opposante dans un communiqué.
Les ministres européens des Affaires étrangères, réunis lundi à Bruxelles, ont à leur tour condamné la violence, en faisant porter la responsabilité au pouvoir ukrainien qui a promulgué vendredi des lois jugées répressives pour les manifestants, et évoquant, après les Etats-Unis, la possibilité de sanctions. «C'est une erreur d'avoir introduit des restrictions à la liberté de manifester», a déclaré le Britannique William Hague. «Le recours à la violence aura des conséquences et on ne peut pas exclure des sanctions», a déclaré son homologue lituanienne, Linas Linkevicius.
Les milliers de manifestants réunis dans le centre-ville utilisaient lundi les fourgons de police et bus, brûlés la veille lors des heurts, pour monter de nouvelles barricades.Derrière, se tenaient des centaines de policiers, portant des casques et des boucliers. Selon le département de la santé de Kiev, 103 personnes ont demandé une aide médicale depuis le début des affrontements dimanche, et 42 ont été hospitalisées. Par ailleurs, le ministère de l'Intérieur a indiqué que près de 100 policiers avaient été blessés et que 61 avaient dû être hospitalisés, certains pour traumatisme crânien.
«Il s'est passé ce qui ne s'était jamais passé depuis l'indépendance de l'Ukraine et ce qu'on ne pouvait imaginer qu'en cauchemar: des combats dans le centre de la capitale», a déploré l'opposant et ex-boxeur Vitali Klitschko. L'ancien président pro-occidental Viktor Iouchtchenko a de son côté mis en garde contre une escalade. «Il faut sortir de cette situation par des négociations», a-t-il dit sur le site de son parti «Notre Ukraine», mettant en garde contre une «guerre civile».
Dimanche, après une manifestation contre le gouvernement de 200.000 personnes sur la place de l'Indépendance, plusieurs centaines de protestataires ont tenté de franchir un cordon de policiers pour se rendre vers le Parlement, et se sont emparés de fourgons de police. Dans un accès de violence rarement vu depuis le début de la contestation, ils ont mis le feu à plusieurs véhicules et lancé des pierres et des fumigènes mais aussi des cocktails Molotov sur les forces de l'ordre. Celles-ci ont répondu par du gaz lacrymogène, des grenades assourdissantes, des tirs de balles en caoutchouc et des coups de matraque.Le ministère de l'Intérieur a indiqué que près de 20 manifestants avaient été arrêtés.
Dès dimanche soir, les Etats-Unis avaient appelé à la fin immédiate de violences et brandi la menace d'éventuelles sanctions. Viktor Ianoukovitch avait assuré qu'une commission de conciliation serait crée dès lundi avec les représentants de l'opposition.
La contestation a mobilisé des centaines de milliers de personnes en décembre après la volte-face du président Ianoukovitch qui a brusquement refusé de signer un accord d'association avec l'UE, au profit d'un rapprochement avec la Russie. Celle-ci a ensuite accordé un crédit de 15 milliards de dollars à l'Ukraine, et l'opposition a accusé le coup.
Mais l'adoption la semaine dernière de nouvelles lois qui alourdissent, jusqu'à des peines de prison, les sanctions potentielles pour les manifestants, a relancé la mobilisation.