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Les forces de police ukrainiennes qui entourent le Maïdan depuis plusieurs heures ont donné, mardi en fin de journée, l’assaut contre les manifestants qui y sont regroupés. Au moins 14 personnes ont trouvé la mort dans les affrontements entre opposants au président Viktor Ianoukovitch et forces de police. Après trois mois de contestation, « l’offensive pacifique » de quelque 20.000 pro-Union européenne a dégénéré en scènes d’une rare violence dans les rues de Kiev. Les autorités ukrainiennes avaient lancé plus tôt un ultimatum aux manifestants : un retour au calme rapide pour éviter une intervention policière sur la place de l’Indépendance. Avant de finalement donner l’assaut.
Mardi soir, l’un des leaders de l’opposition, Vitali Klitschko, s’est rendu au siège de la présidence ukrainienne pour y rencontrer le chef de l’Etat, Viktor Ianoukovitch, a annoncé la porte-parole de l’opposant.
Le philosophe Bernard-Henri Lévy, invité du Grand Journal de Canal+ mardi soir, s’est prononcé pour que les équipes européennes quittent les Jeux Olympiques de Sotchi pour s’opposer à l’action de Vladimir Poutine en Ukraine. Il accuse en effet directement le dirigeant russe d’être derrière les évènements de Kiev. Interrogé par téléphone, il n’a d’ailleurs pas hésité à affirmer que Vladimir Poutine « prépare un Tian’anmen en Ukraine, à Kiev » et a appelé à une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU : « Kiev, Maïdan valent bien cela », a-t-il conclu.
VIDEO - L'intervention de Bernard Henri-Lévy au « Grand Journal » sur Canal + :
Présent sur le plateau, Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, a indiqué que le sujet avait été abordé entre Barack Obama et François Hollande , lors du voyage officiel de ce dernier aux Etats-Unis.
Le Premier ministre ukrainien par intérim aurait affirmé à Stefan Füle, commissaire européen à l’élargissement, que les policiers anti-émeutes feront tout leur possible pour ne pas tirer sur les manifestants. Stefan Füle s’est dit inquiet des images montrant certains de ces policiers, les « berkout », armés de Kalachnikovs.
Pour suivre en direct la situation en Ukraine :
Les réactions politiques ont été nombreuses après cette journée de violences. Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, a dénoncé un « usage indiscriminé de la violence » tandis que Catherine Ashton, chef de la diplomatie européenne, se déclare très préoccupée par une « inquiétante escalade ». Berlin n’exclut pas des sanctions de l’UE à l’encontre du pouvoir de Kiev. Le Premier ministre polonais, Donald Tusk a précisé que ces sanctions, si elles sont mises en place, ne doivent pas se faire en « façade ».
Sur une ligne voisine, la diplomatie américaine a exhorté Viktor Ianoukovitch à mettre fin aux violences. Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon, a appelé à la retenue et à l’établissement d’un « dialogue véritable ».
La diplomatie russe a, quant à elle, accusé les Occidentaux d’être à l’origine de la reprise des affrontements. Les hommes politiques européens et américains feraient preuve de « complaisance » à l’égard des agissements de l’opposition afin d’étendre leur influence en Ukraine. Ce que les opposants accusent la Russie de faire avec la majorité. Cette dernière ajoute que l’opposition doit renoncer « aux menaces et aux ultimatums ».
Le procureur général ukrainien, Viktor Pchonka, a menacé ceux qui ont incité et dirigé les violences de mardi 18 février des peines « les plus sévères ». Les leaders de l’opposition doivent, selon lui, assumer la responsabilité de ce qui se passe.
Après quelques semaines d’un calme relatif, les violences ont donc repris, tandis que le Parlement examine actuellement une réforme constitutionnelle visant à limiter les pouvoir présidentiels. La manifestation était initialement prévue pour mettre la pression sur les députés afin qu’ils votent le texte, puis certains manifestants ont lancé des pavés en direction du bâtiment, entraînant une réplique de la police au moyen de gaz lacrimogènes, de grenades assourdissantes et de balles en caoutchouc. Plusieurs camions ont été incendiés par des cocktails molotov lancés par des manifestants. Ils avaient quitté lundi 17 la mairie occupée depuis plusieurs mois en signe de bonne foi et pour obtenir la mise en place d’une loi d’amnistie .
Ces affrontements sont les premiers depuis ceux de la fin du mois de janvier dans lesquels 4 personnes ont été tuées et environ 500 autres blessées. Les services médicaux de l’opposition chiffrent pour l’instant ces nouvelles violences à 150 blessés dont 30 grièvement. Une photographe de presse a été tué et un manifestant aurait eu la main amputée. La police ukrainienne annonce 37 blessés dans ses rangs.
La crainte des manifestants n’était pas uniquement concentrée sur l’adoption de la réforme. Ils veulent également éviter que soit nommé un Premier ministre « russe », selon leurs mots. Cette influence de la Russie sur leur pays est le point de tension dans cet Etat en grande partie russophone et coupé en deux culturellement. Pro-européenn de l’ouest au nord , pro-russe dans la partie allant de l’est au sud ; une ligne de rupture qui trouve ses fondations dans la construction du pays et que l’on croyait endormie depuis l’indépendance. Lorsque 90 % des Ukrainiens ont voté la sortie de l’URSS.
La partie « occidentale » du pays bat donc le pavé depuis que le président Viktor Ianoukovitch a reculé sur un accord avec l’Union européenne, pour faire plutôt un pas vers l’Union douanière de Vladimir Poutine. Depuis cette victoire, la Russie n’a cessé de s’impliquer dans la crise ukrainienne, en mettant notamment en place un plan d’aide financière de 15 milliards de dollars. La seconde tranche de ce plan, qui devait être versée mardi 18 février, est fonction de la formation d’un nouveau gouvernement . D’où la crainte des opposants et cette mobilisation massive après un calme relatif depuis la fin du mois de janvier.