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Un scrutin serré attendu en Grèce

Un scrutin serré attendu en Grèce



 

Par Les Echos | 16/06 | 18:19
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Un scrutin serré attendu en Grèce

Le résultat des élections législatives de dimanche en Grèce s'annonce très serré entre les conservateurs de Nouvelle Démocratie (ND) et la Coalition de la gauche radicale (Syriza). Evalués à quelque 700.000, les indécis devront départager la droite d'Antonis Samaras, qui se présente comme garante de l'ancrage du pays dans la zone euro, et la gauche radicale d'Alexis Tsipras, dressée contre l'austérité et les réformes imposées à la Grèce.

Selon les sondages, interdits de publication depuis deux semaines en Grèce mais qui circulent sous le manteau, le score de chacun varie autour de 30%. Aucune des deux formations ne devrait avoir de majorité, ce qui annonce de difficiles négociations en vue de former un gouvernement.

Dès dimanche soir, le G20 et l'Union européenne se préparent à réagir. Christine Lagarde, la patronne du FMI a jugé « important » de « renouer le dialogue (...) dès la semaine prochaine » avec Athènes. Auprès du quotidien français Libération, elle a pointé samedi la nécessité de « remettre les compteurs à jour » après les semaines de vide politique ayant suivi le précédent scrutin inconclusif du 6 mai.

La chancelière allemande Angela Merkel a exclu de renégocier des termes de l'accord international de renflouement financier de la Grèce avec le vainqueur, quel qu'il soit, des élections législatives. « C'est pourquoi il est si important que le scrutin grec débouche de préférence sur (l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement) disant : ‘oui, nous honorerons ces accords' » , a déclaré la chancelière.

Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe, a invité les électeurs grecs à ne pas tourner le dos à la monnaie unique. « Si la gauche radicale l'emporte, ce qui ne peut être exclu, les conséquences pour la monnaie unique seront imprévisibles », a-t-il dit au quotidien autrichien Kurier. « Nous devrons parler avec le gouvernement quel qu'il soit. Je ne peux que mettre en garde contre une sortie de la zone euro. La cohésion de l'Eurogroupe serait menacée. »

« L'Europe doit soutenir la Grèce et la Grèce doit remplir ses engagements », pour « montrer au monde que l'euro est un projet irréversible » a de son côté plaidé le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy, dont le pays est un autre maillon faible de la monnaie commune.

L'inquiétude était aussi de mise dans les journaux grecs, qui titrait comme le socialiste Ta Néa sur un scrutin « énigme » et « historique » ajoutant que « le vote demain ne devait pas être « celui de la colère mais celui de l'espoir ». Seul Avghi, l'organe du Syriza d'Alexis Tsipras, ne doutait pas : « La Grèce tourne la page avec un gouvernement de gauche. »

Samaras, favori des chancelleries européennes

S'ils partagent la volonté de renégocier les modalités de la cure de rigueur dictée par l'UE et le FMI en contrepartie du sauvetage financier du pays -340 milliards d'euros de prêts et 107 milliards de créances effacées-le conservateur raide et le charismatique enfant terrible de la gauche s'opposent sur tout le reste.

Favori des chancelleries européennes, en dépit de son intransigeance nationaliste et de son ralliement ambigu à la rigueur, M. Samaras, 61 ans, plaide pour le maintien dans l'euro à tout prix, évoquant « le cauchemar » d'un retour à la drachme.

Il s'est affirmé prêt à former une gouvernement « de salut national », avec le renfort souhaité des socialistes, attendus en troisième position, si comme prévu les électeurs ne donnaient à aucun parti la majorité absolue de 151 sièges au Parlement.

Gravement sanctionnée le 6 mai, la ND est créditée d'avoir en partie récupéré ses électeurs déçus qui avaient succombé au vote populiste, voire aux sirènes du parti néonazi Aube Dorée. Cette dernière formation, qui a fait irruption au parlement le 6 mai avec 6,9% des voix, est toutefois crédité d'y garder des députés, en dépit de sa violence notoire.

La reconquête conservatrice est passée par un virage à droite toute, assimilant immigration à « invasion », et des promesses à retrouver croissance et emploi, via notamment un relâchement de la pression fiscale.

L'économie grecque est de fait au bord de l'asphyxie, plombée par une récession qui s'aggrave depuis 2008 et a fait s'envoler le chômage à 22,6% au premier trimestre.

La ND compte avant tout « sur la peur pour vaincre la colère » des Grecs contre les sacrifices imposés, a expliqué vendredi un sympathisant à l'AFP, lors du dernier grand meeting de M. Samaras à Athènes.

Austérité perçue comme sans issue

En face, le Syriza peine à expliquer comment il maintiendra le pays à flot et dans l'euro, tout en tournant le dos à l'orthodoxie financière au profit d'une politique de relance via nationalisation et redistribution des ressources. Partenaires européens et créanciers ont menacé la Grèce d'une sortie de l'euro si elle ne tenait pas ses engagements d'austérité.

Le dirigeant de Syriza, Alexis Tsipras, 37 ans, doit composer avec l'unanisme pro-euro des Grecs, mais il surfe aussi sur leur rejet d'une austérité perçue comme sans issue.

Même à l'étranger, de plus en plus de voix s'élèvent pour reconnaître que le rythme de l'assainissement budgétaire devra être ralenti. Quant aux partisans d'une éviction grecque de l'euro, ils n'ont pas encore convaincu de l'inocuité de cette option pour la stabilité de la monnaie unique et l'économie mondiale.

En cas de victoire de son parti, M. Tsipras s'est donné dix jours pour mener une « rude négociation » avec les bailleurs de fonds, avec comme enjeu les 90 milliards d'euros qu'attend encore le pays jusqu'en 2015, et dont le versement a été suspendu.

Et si la gauche radicale devait être maintenue dans l'opposition, elle risque de se livrer à une guerre d'usure qui augure mal tant de la marge de manoeuvre et viabilité d'un éventuel attelage conservateurs-socialistes, que de la tranquillité d'esprit des dirigeants européens.

SOURCE AGENCES

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