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Alors qu’elle a lancé, jeudi 16 mai, une offensive dans le nord-est du pays contre les islamistes de Boko Haram, l’armée nigériane s'est déclarée prête à recourir aux bombardements aériens pour les chasser.
"L'armée nigériane tout entière est impliquée dans cette opération, dont l'armée de l'air", a déclaré le brigadier général Chris Olukolade, porte-parole des armées, à l'AFP. "Nous aurons recours aux bombardements aériens quand nécessaire", a-t-il prévenu, ajoutant que "plusieurs milliers" de soldats, des avions et hélicoptères de combat ont été déployés dans les États de Borno, Yobe et Adamawa.
Le président nigérian, Goodluck Jonathan, avait déclaré mardi l'état d'urgence dans ces trois États du nord-est du pays frappés par les attaques de la secte islamiste, en assurant que des "mesures extraordinaires" étaient nécessaires pour répondre à la violence croissante.
Derniers actes sanglants en date, le chef présumé de Boko Haram, Abubakar Shekau, avait envoyé lundi 13 mai une vidéo à l’AFP : il y revendiquait deux attaques meurtrières dans l'État de Borno. Celle de Baga, le 16 avril, suivie d'une violente répression par l'armée, ayant fait au total 187 morts et celle de Bama, menée le 7 mai, soldée par au moins 55 morts.
Goodluck Jonathan avait alors parlé de "déclaration de guerre" et reconnu pour la première fois que Boko Haram avait pris le contrôle de certaines parties de l'État de Borno.
Peu de détails sur les opérations
Pour le moment, peu de détails ont filtré sur les opérations. Selon une source militaire qui a requis l'anonymat, les forces nigérianes ont déjà "lancé une offensive contre des camps terroristes dans le parc naturel de Sambisa" dans le nord de l'État de Borno.
Dans la petite ville de Marti (Borno), non loin de la frontière tchadienne, Zangina Kyarimi a dit à l'AFP avoir constaté que "des unités militaires importantes" étaient arrivées dans la nuit de mercredi à jeudi. "J'ai vu des dizaines de véhicules militaires et des camions ainsi que des tanks", a-t-il déclaré par téléphone depuis cette ville considérée comme un des fiefs de Boko Haram. Un déploiement qui inquiète les populations locales. "Nous craignons ce qui risque d'arriver dans les prochains jours, nous pensons partir", a poursuivi cet habitant.
Dans l'Adamawa, un couvre-feu a été instauré de la tombée de la nuit au lever du jour, selon le lieutenant Ja-afar Mohammed Nuhu, porte-parole de l'armée pour cette zone.
Limites de l’opération
Si l’armée s’est engagée à "débarrasser les zones frontalières de la Nation des bases terroristes" qui s'y trouvent, certains se demandent si cette offensive permettra de venir à bout de l'insurrection, bien implantée dans la région.
"L'armée fonctionne déjà à la limite de ses capacités", a estimé l'ancien ambassadeur américain au Nigeria, John Campbell, dans un article publié mercredi 15 mai par le groupe de réflexion Council on Foreign Relations.
Les frontières entre le Nigeria et le Cameroun, le Tchad et le Niger sont très poreuses et les criminels et les armes y circulent librement d'un pays à l'autre. Selon des experts, Boko Haram, de mieux en mieux armé, pourrait bien réussir à échapper à l'armée et trouver d'autres refuges dans cette région très étendue.
Cette opération est la plus grosse offensive menée contre Boko Haram depuis 2009, où des soldats avaient envahi Maiduguri, la capitale de Borno, tuant plus de 800 personnes, forçant les islamistes à cesser leurs activités pendant une année.
Avec dépêches