Paris (AFP) - François Hollande, ardent avocat du rééquilibrage de la relation commerciale entre la France et la Chine, lourdement déficitaire au détriment de la première, s'est félicité mercredi soir de la moisson de
18 milliards d'euros réalisée selon lui lors de la visite du président
chinois Xi Jinping à Paris.
Une fois n'est pas coutume, le chef de l'Etat français, adepte de la "diplomatie économique" mais qui rechigne à jouer les VRP, a
lui-même avancé ce chiffre, évoquant les cinquante accords signés
à l'occasion de cette visite, manière de commémorer les cinquante
ans de la reconnaissance de la Chine communiste par le général de Gaulle.
"Nous avons la volonté de rééquilibrer le commerce extérieur entre
la France et la Chine mais vers le haut", a souligné le chef de l’État français
au côté de son hôte chinois, sous les ors de l’Élysée.
Pour autant, a assuré François Hollande, il ne s'agit "en aucune façon"
de freiner les exportations chinoises vers la France. "Ce que nous avons
à faire, c'est élever encore notre présence en Chine et nourrir un courant d'exportations de la France vers la Chine", a-t-il expliqué.
L'an dernier, la France accusait encore un déficit abyssal de 26 milliards
d'euros à l'égard de la Chine, soit près de 40% du total du déficit de son commerce extérieur.
"Dix-huit milliards d'euros de contrats, c'est de l'emploi, de la croissance et surtout des perspectives d'ampleur pour les années qui viennent", a-t-il encore souligné au moment même où étaient annoncés de très mauvais chiffres du chômage pour le mois de février en France, avec un nouveau record de 3,34 millions demandeurs d'emplois.
Au service de la relation économique avec l'Empire du Milieu, Paris a
déroulé le tapis rouge sous les pas de Xi Jinping et de son épouse, accueillis officiellement par François Hollande en personne à l'Hôtel national des
Invalides, un honneur inédit sous la Ve République.
Pour les deux capitales, il s'agissait aussi de célébrer un événement
historique avec le cinquantenaire de la reconnaissance de la Chine
communiste. Escortés par 104 cavaliers de la Garde républicaine
en grand uniforme, les deux chefs d’État ont ensuite gagné, dans
la même voiture, l’Élysée, sur l'autre rive de la Seine.
- Un G20 en Chine prochainement ? -
Toujours au chapitre économique, François Hollande a tout
particulièrement loué l'accord signé en sa présence et en celle de son
homologue chinois sur l'entrée au capital du groupe PSA Peugeot Citroën
de l'État français et du constructeur automobile chinois Dongfeng, saluant
"un accord majeur sur le plan industriel et symbolique de ce que nous
voulons faire".
"Il ne s'agit plus seulement de vendre" mais "d'investir ensemble", a-t-il
relevé, appelant, comme il l'avait fait un an plus tôt lors de sa propre visite
en Chine, à ce "qu'il y ait davantage d'investissements chinois en France".
Cet accord, a-t-il encore fait valoir, "va permettre d'avoir un constructeur (automobile) à taille mondiale, présent sur tous les marchés".
François Hollande a également salué l'"excellente coopération"
franco-chinoise dans le nucléaire civil et l'aéronautique, se félicitant de
la même manière "des accords très importants" conclus mercredi dans
ces deux domaines.
Au-delà du commerce, il a souhaité que la Chine organise "très
prochainement" un sommet du G20 ce qui constituerait une première,
manière de souligner son rôle croissant sur la scène internationale.
Mais François Hollande a souligné aussi les convergences de vues entre
les deux pays sur les grands dossiers internationaux, la Syrie, l'Iran, le
Moyen-Orient et l'Ukraine. Dans une allusion au rattachement de la
Crimée à la Russie, il a relevé que Paris tout comme Pékin avaient
"voulu que le 21e siècle ne soit pas celui des annexions et des séparatismes".
Il n'en a pas moins mentionné brièvement les "droits de l'Homme auxquels
la France est attachée" lors d'un échange de toasts avec son hôte chinois à l'occasion du dîner d'Etat qui les réunissait dans la soirée à l'Elysée.
Xi Jinping a célébré pour sa part une visite "historique". "Avec le président Hollande, nous avons décidé de valoriser la complémentarité et le potentiel
de nos deux économies", a-t-il dit.
Le numéro un chinois, qui avait entamé sa visite en France mardi soir
à Lyon, ville qui entretient de longue date des relations privilégiées
avec laChine, devait être l'hôte mercredi d'un dîner d’État à l’Élysée.
Jeudi, lui-même et son épouse, la chanteuse populaire Peng Liyuan,
seront au Château de Versailles pour un concert à l'Opéra royal, avec
de nombreuses œuvres chinoises ainsi que les Contes d'Hoffmann puis
un dîner privé servi par le chef Alain Ducasse au Grand Trianon.
Après laFrance, à laquelle Xi Jinping a consacré sa première visite
d'Etat en Europe, le président chinois devait poursuivre sa tournée
sur le vieux continent avec deux nouvelles étapes, Berlin et Bruxelles.