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Viviane Reding : "Même en crise, l'Europe n'est pas qu'un marché"

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Viviane Reding : "Même en crise, l'Europe n'est pas qu'un marché"

LE MONDE | <time datetime="2012-09-01T11:20:37+02:00" itemprop="datePublished">01.09.2012 à 11h20</time> • Mis à jour le <time datetime="2012-09-01T20:17:33+02:00" itemprop="dateModified">01.09.2012 à 20h17 </time>
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Vice-présidente de la Commission européenne et commissaire à la justice, Viviane Reding sera, lundi 3 et mardi 4 septembre, à Paris pour rencontrer plusieurs membres du gouvernement et évoquer la crise de la zone euro et la situation des Roms, mais aussi celle des droits fondamentaux dans l'Union.

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La vice-présidente de la Commission européenne et commissaire à la justice, Viviane Reding.

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Vous êtes intervenue dans la récente crise constitutionnelle en Roumanie. Vous semble-t-elle apaisée après l'échec de la procédure de destitution du président Basescu ?

Nous maintenons une surveillance étroite après la bataille terrible qui s'est déroulée en juillet et en août. Nous avons pu dire "Halte-là" à cette sorte de putsch parlementaire. Nous avons évité le pire grâce à une action déterminée de nombreux acteurs, dont la Commission, le Parlement et les Etats européens, mais aussi le Fonds monétaire international. Les dérives les plus graves ont aussi pu être endiguées grâce au mécanisme de vérification et de contrôle que nous avons mis en place. Nous espérons que tous les acteurs politiques pourront surmonter leurs divisions et préparer les échéances électorales d'octobre. Les jeunes démocraties de l'est doivent réaliser en peu de temps ce que nos vieux pays ont accompli sur des décennies.

Pensez-vous que l'adhésion de la Roumanie à l'espace Schengen est d'actualité ?

C'est aux Etats membres qu'il appartient de décider, à l'unanimité, s'ils ouvrent leurs frontières, sur la base d'une analyse politique. La question essentielle est de savoir si l'Etat de droit roumain peut nous rendre confiants. L'espace Schengen ne concerne pas seulement le fonctionnement technique des frontières, tel qu'évalué par la Commission. Il implique aussi un bon fonctionnement de la justice et des garanties qui y sont liées. Pour ma part, je ne serais pas surprise si les Etats décidaient de ne pas y intégrer tout de suite la Roumanie.

Dans la même veine, vous avez multiplié les contentieux – et les rappels à l'ordre – avec la Hongrie, après la réforme de la Constitution et de la magistrature dans ce pays. Où en est-on ?

Cet Etat reste l'un de ceux qui me préoccupent le plus. La justice doit y être indépendante. Tous les problèmes ne sont pas résolus, mais le pire a été évité grâce, là aussi, à une coalition d'institutions européennes énonçant, de concert, leurs préoccupations. C'est nouveau et cela démontre que, même en crise, l'Europe ne se résume pas à un grand marché. C'est surtout le continent où les hommes et les femmes doivent être assurés du respect de leurs droits. La crise a montré que nous avons besoin d'un ministre des finances européen, mais un jour nous aurons peut-être besoin d'un ministre de la justice aussi...

En Hongrie, on assiste aussi à une multiplication des attaques contre les Roms...

Le ministre hongrois en charge de l'intégration des Roms fait un travail magnifique, mais il est vrai que des groupuscules s'attaquent toujours à cette minorité. Ces incidents doivent être traités comme il se doit par les institutions du pays.

Que pensez-vous du démantèlement de campements de Roms et des expulsions qui ont créé la polémique en France, deux ans après vos démêlés avec Nicolas Sarkozy sur ce thème ?

La situation est différente. La France a, à notre demande, modifié sa législation pour renforcer les garanties procédurales en cas d'expulsion. Elle a adapté ses lois aux standards européens. Cette fois, la circulaire qui encadre les récentes décisions préfectorales a été signée par sept ministres et le problème n'est pas résumé à la seule répression.

Désormais, les éloignements font, à ma connaissance, l'objet d'une décision préalable de la justice. Les personnes concernées sont informées individuellement et il ne s'agit pas d'éloignements en masse. Le démantèlement de camps illégaux et insalubres reste une question nationale, il n'y a pas de droit européen en la matière.

La France s'est par ailleurs engagée à reloger ces populations, à scolariser les enfants et à ouvrir une partie de son marché du travail aux ressortissants roumains ou bulgares. Bref, elle cherche à intégrer et c'est un changement d'attitude.

Vous avez toutefois envoyé un courrier demandant des explications au gouvernement Ayrault.

Une réunion de travail a eu lieu vendredi 31 août à Bruxelles entre mes services et des experts français pour finaliser les réponses de Paris. La France va devoir modifier la stratégie d'intégration des Roms esquissée par le gouvernement précédent, afin de concrétiser son souci d'intégration. Nous allons l'aider par le biais d'un échange de bonnes pratiques entre les pays de l'Union, au sein d'un groupe que je veux mettre sur pied en octobre. La question des Roms reste un vrai problème européen et je veux que la France s'en saisisse. Nous ne pouvons être confrontés, chaque été, aux mêmes questions.

Dans certains pays, les pressions de Bruxelles sont de plus en plus mal ressenties. Vous en êtes consciente ?

Il est très facile de faire naître des sentiments populistes, plus difficile d'expliquer les choses. Il faut écouter les peurs des gens, mais aussi montrer qu'elles sont souvent infondées. Pendant trop longtemps, des dirigeants sont sortis d'un Conseil européen en affirmant qu'ils avaient gagné, contre "les autres" alors que l'Europe ne peut réussir qu'avec l'implication de tous.

La crise actuelle confirme que lorsque l'argent vient à manquer, les disputes familiales se multiplient. Mais je suis assez optimiste, car elle nous a aussi permis de réaliser davantage de réformes en deux ans qu'au cours des vingt dernières années. Renforcer les institutions communes était une nécessité, impossible à réaliser lors de la création de l'euro.

</article> La Roumanie "surprise" des déclarations de Mme Reding sur Schengen

Le ministère roumain des affaires étrangères a pris note samedi "avec surprise" des déclarations de la commissaire européenne pour la justice, Viviane Reding, évoquant dans cet entretien au "Monde" un éventuel report de l'adhésion de la Roumanie à l'espace Schengen.

Pour Bucarest, le lien entre l'adhésion à l'espace Schengen et la situation de la justice faite par Mme Reding "crée les prémices d'un traitement discriminatoire vis-à-vis d'un Etat membre qui a rempli toutes ses obligations conformément à la législation européenne".

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