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Le Point.fr - Publié le 07/05/2012 à 07:38 - Modifié le 07/05/2012 à 14:27
Le Capitole, à Washington. © - / AFP
Autre temps, autres moeurs... La victoire de François Hollande n'a pas suscité la vague de panique de 1981 où l'on vous demandait très sérieusement après l'élection de François Mitterrand si le russe allait devenir obligatoire dans les écoles. Cette fois, l'arrivée d'un socialiste à la tête de la France ne passionne pas les foules. Les Américains semblent plus intéressés par le scrutin grec. "Le résultat des élections en Grèce est bien plus sérieux que celui de la France, car on va vers le chaos, alors que Hollande va se révéler modéré", tweete l'économiste Nouriel Roubini.
La victoire de "Monsieur Caramel Pudding", comme on a traduit "Flanby", ne suscite pas non plus un enthousiasme débordant. D'abord parce que François Hollande est un inconnu total aux États-Unis. Contrairement à Nicolas Sarkozy, il n'est pas venu en tournée à Washington. Cela se voit d'ailleurs dans les médias qui titrent plutôt sur Sarkozy que sur Hollande. "Sarkozy a perdu les élections françaises", annonce ABC News, un énorme "Adieu" barre le site du Huffington Post, "Exit Sarkozy", renchérit Fox News. Quant au New York Post, il n'a pas pu résister et a mis une photo de DSK en train de voter. Le président Obama a quand même appelé Hollande pour le féliciter et l'inviter à la Maison-Blanche pour un tête-à-tête à la veille du sommet de Camp David qui commence le 18 mai.
Tous les journaux soulignent son inexpérience en politique étrangère, le fait qu'il n'ait jamais eu de portefeuille ministériel. Dans son blog, Arthur Goldhammer, du Centre des études européennes à Harvard, qui connaît bien la France, estime que son discours de victoire "n'a rien ni en substance ni dans le style qui vaille la peine d'être noté, en bref, un miroir de la campagne de Hollande". On sent chez certains commentateurs presque un regret de Nicolas Sarkozy. "Sarkozy s'est montré ferme, particulièrement en temps de crise, et beaucoup se demandent si M. Hollande peut faire la même chose", écrit le New York Times.
Mais c'est surtout une certaine appréhension qui perce. "Pourquoi Wall Street craint un leader socialiste français", résume CNN en expliquant que l'élection de Hollande va "introduire un air d'instabilité dans l'économie mondiale à un moment où elle a désespérément besoin d'une main sûre". Le vote "pourrait avoir des réverbérations à travers l'Europe et le monde, et particulièrement à Washington", renchérit Fox. "La victoire de Hollande signifie que G (l'Allemagne) n'est plus sur la même longueur d'onde que F (la France). Ça ne semblait pas possible, mais la vie va devenir bien plus difficile dans la deadzone, euh, la zone euro", écrit sur Twitter Austan Goolsbee, un ex-conseiller d'Obama.
Étonnamment, l'édito du Wall Street Journal, pourtant peu suspect de sympathies gauchistes, est presque plus positif envers Hollande qu'envers Sarkozy. "À la fois le nouveau président et ses partisans risquent de découvrir vite que le socialisme ne peut résoudre les maux français, mais ça ne veut pas dire que les électeurs n'ont pas eu raison de limoger M. Sarkozy." En clair, Sarko, au lieu de restaurer le dynamisme économique, de réduire la bureaucratie et les dépenses comme il l'avait promis, a surtout transformé son quinquennat en "soap opera". Le WSJ ne va pas jusqu'à faire l'éloge de Hollande, mais il explique que si celui-ci a "l'intelligence de réaliser les limites du dirigisme", comme Mitterrand avant lui, tout n'est peut-être pas perdu. Et après tout, comme le souligne Time, si François Hollande "a réussi contre toute probabilité à vaincre Sarkozy, qui sait quoi d'autre peut être possible".