Les caricatures de Mahomet ne plaisent pas. Si le gouvernement français a regretté la décision de Charlie Hebdo de "mettre de l'huile sur le feu", les Etats-Unis ont également fait part de leurs doutes mercredi. "Évidemment, nous avons des questions sur le jugement qui a conduit à publier de telles choses", a ainsi dit à la presse le porte-parole du président Barack Obama, Jay Carney. "Nous savons que ces images seront très choquantes pour beaucoup de gens" et pourraient provoquer des réactions violentes, a encore expliqué le responsable.
Il a néanmoins rappelé le soutien de Washington à la liberté de la presse. "Nous ne nous interrogeons pas sur le droit de telles choses à être publiées, simplement sur le jugement qui a présidé à la décision de les publier", a ajouté le porte-parole. Ce dernier a également prévenu qu'"aussi choquantes que ces (publications) puissent être, elles ne justifient en aucun cas la violence". Mercredi, de nombreux sites d'actualités américains évoquaient ces dessins publiés par Charlie Hebdo. L'hebdomadaire "joue avec le feu", écrivait notamment le Daily News. "Incitation (à la violence, Ndlr)?", s'interrogeait pour sa part CNN.
Des actes "invitant à la haine"
Avant la Maison-Blanche, L'Osservatore romano, le quotidien du Vatican, avait lui aussi qualifié de "discutable" l'initiative du journal français, qui "jette de l'huile sur le feu". "Alors que l'on cherche péniblement à faire baisser la tension qui traverse le monde islamique en raison du film Innocence des Musulmans, on risque aujourd'hui d'ouvrir un nouveau front de protestation", a souligné le journal. De son côté, la Ligue arabe a dénoncé mercredi dans un communiqué des caricatures "provocatrices et scandaleuses" et a appelé les musulmans offensés par ces dessins à "user de moyens pacifiques pour exprimer leur opposition".
Al-Azhar, la plus haute autorité de l'islam sunnite, basée au Caire, a elle aussi condamné mercredi cette publication. De tels actes "invitant à la haine au nom de la liberté sont totalement rejetés", a ajouté le responsable de l'institution en soulignant "la nécessité que la liberté s'arrête aux limites de la liberté d'autrui". Le vice-président des Frères musulmans en Egypte a également jugé que "la croyance des autres doit être respectée". Enfin, les islamistes d'Ennahda au pouvoir en Tunisie ont estimé que les musulmans avaient "le droit de protester" après "cette nouvelle attaque contre la personne du prophète".
La publication de ces caricatures fait craindre au gouvernement des nouveaux mouvements de protestations. La France a annoncé avoir renforcé la sécurité de ses représentations à l'étranger et décidé de fermer ses ambassades et écoles dans une vingtaine de pays musulmans vendredi. Au Caire, une dizaine de fourgons de la police égyptienne et deux véhicules de pompiers équipés de canons à eau étaient stationnés autour de l'ambassade de France. Ecoles et centres culturels français dans le pays devaient fermer dès jeudi. A Paris, la sécurité a également été renforcée autour de l'immeuble abritant la rédaction de Charlie Hebdo, déjà victime d'un incendie criminel en novembre 2011 après la publication de dessins représentant Mahomet. Mercredi soir, son site Internet était toujours bloqué, après un piratage.