A Matignon, c'est l'heure de vérité. La ratification du traité européen est un "vrai choix stratégique" et un "enjeu majeur pour le président Hollande", dramatise l'entourage du Premier ministre. Il ne s'agit pas seulement d'un vote pour ou contre le traité mais bien d'un vote de soutien ou non à la politique européenne globale du gouvernement, y insiste-t-on.
Comprendre: la victoire du "oui" conforterait la position de la France dans la zone euro et validerait la politique européenne du président François Hollande, basée sur une "réorientation" -contestée par les détracteurs du traité- vers plus de croissance.
En revanche, la victoire du "non" serait un "signal négatif" lancé aux partenaires européens, aux marchés et même au reste du monde, souligne l'entourage de Jean-Marc Ayrault. Bref, pour Matignon, hors de question de circonscrire les conséquences du "non" à la seule scène politique française.
"On est dans une vitrine. Une bonne partie des gouvernements européens nous regardent en se demandant: est-ce que ce gouvernement est capable de mener une politique équilibrée et de respecter ses engagements européens", explique un conseiller du Premier ministre.
"Tout le monde va scruter les votes au sein de la majorité", souligne-t-il. Et de prévenir: "si le vote de gauche n'est pas suffisant, s'il manque 30%, ce sera lu comme un signal d'inquiétude qui signifiera: à terme ce gouvernement ne respectera pas ses engagements".
Pour Matignon, l'objectif est donc double: que le vote soit "le plus massif possible" mais aussi qu'il puisse être acquis "sans la droite". Car si le traité européen, héritage du quinquennat de Nicolas Sarkozy, compte de nombreux soutiens dans les rangs de l'opposition, son adoption grâce à l'UMP serait politiquement embarrassante.
A Matignon, on est plutôt confiant. "C'est atteignable", assure-t-on, en notant que "les Verts n'ont pas appelé à manifester" dimanche dernier contre le traité avec le leader du Front de gauche Jean-Luc Mélenchon. Pourtant, après le vote massif des instances dirigeantes d'Europe Ecologie-les Verts contre le traité, le vote des alliés verts du Parlement reste la grande inconnue.
L'opinion publique, elle, semble en tout cas s'être rangée derrière le gouvernement: selon un sondage BVA pour "Le Parisien", 64% des Français seraient favorables au traité, et 36% contre.
Reste quand même au gouvernement à convaincre ses propres parlementaires du PS, dont environ une vingtaine, tels le député de Paris Pascal Cherki ou le député de l'Essonne Jérôme Guedj, s'opposent publiquement au traité.
"Il n'y a pas de pression mais beaucoup de discussions", assure l'entourage du Premier ministre, pour qui le travail de pédagogie du ministre des Affaires européennes Bernard Cazeneuve porte ses fruits.
"On a vraiment renégocié. Il y a bien eu réorientation, il y a bien eu rééquilibrage, il y a une nouvelle donne", martèle l'entourage du Premier ministre, rodé à l'exercice de persuasion.
Et si ce n'est pas suffisant, le choix du Premier ministre de ne pas soumettre sa déclaration à un vote doit achever de convaincre les récalcitrants. Alors que certains élus rebelles de la majorité au traité avaient envisagé de dire "oui" au Premier ministre et "non" au traité européen, "c'est la meilleure façon de mettre les parlementaires devant leurs responsabilités", résume-t-on à Matignon.
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