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AFP - Travaillant autrefois de concert, le procureur Philippe Courroye et la police des polices parisienne, l'IGS, se renvoient la balle dans une affaire d'espionnage présumé de journalistes du Monde, qui a valu une mise en examen au magistrat.
Cette enquête sur des factures détaillées ("fadettes") de téléphones portables de journalistes du Monde, qui écrivaient à l'automne 2010 sur l'affaire Bettencourt, a déjà provoqué mardi la spectaculaire mise en examen du procureur de la République de Nanterre.
Et l'affaire a pris un nouveau tour vendredi.
Le commissaire Daniel Jacquème, N°2 de l'Inspection générale des services (IGS), a accusé M. Courroye, devant la juge d'instruction parisienne Sylvia Zimmermann, d'avoir explicitement demandé à son service le contenu de SMS du journaliste Jacques Follorou, selon son PV d'audition du 10 janvier révélé par Le Monde.
Or, c'est ce commissaire qui a conduit l'enquête demandée à l'IGS en septembre 2010 par le procureur Courroye et qu'il contredit ainsi.
Dans un entretien accordé mardi à l'AFP, après sa mise en examen pour "collecte illicite de données à caractère personnel par un moyen frauduleux déloyal et illicite" et "violation du secret des correspondances", M. Courroye avait affirmé n'avoir "jamais demandé le contenu des correspondances, c'est-à-dire des SMS échangés".
Dans un communiqué vendredi, le procureur Courroye et son adjointe Marie-Christine Daubigney, ont réitéré "catégoriquement" ce démenti concernant les SMS, pointant une "erreur" de l'IGS.
Or, le commissaire Jacquème a répondu "oui" à la juge Zimmermann qui lui demandait si la procureure Daubigney l'avait bien chargé de chercher le contenu des SMS échangés entre le journaliste Follorou et la juge de Nanterre Isabelle Prévost-Desprez.
Celle-ci, ennemie notoire du procureur Courroye, enquêtait dans l'affaire Bettencourt.
"Doutes et interrogations"
"Le 28 septembre 2010, à 11 heures, M. Courroye (...) a contacté (le directeur de l'IGS Claude) Bard pour savoir si, par réquisitions, il était possible d'obtenir le contenu des SMS", a poursuivi le commissaire de police Jacquème. "M. Bard entrait en réunion, il lui a demandé de prendre attache avec moi et lui a précisé que, selon lui, ce n'était pas possible car il fallait une commission rogatoire technique", a déclaré le policier sur PV.
Le 30 septembre 2010, à 15H50, "Mme Daubigney m'a posé la même question et je lui ai répondu la même chose", poursuit-il, affirmant que la procureure adjointe lui a peu après "donné l'instruction de rechercher le contenu des SMS (...) m'indiquant qu'elle venait de joindre M. Courroye".
Ce PV confirme des déclarations recueillies par l'AFP par des sources internes à l'IGS, soupçonnée par ailleurs d'avoir truqué une enquête en 2007 pour écarter un haut fonctionnaire marqué à gauche.
A propos de l'affaire impliquant M. Courroye, "nous avons agi sur ordre du procureur pas plus pas moins" et "nous avons à chaque fois pris soin de mentionner par écrit ce qui nous a été demandé", ont confié ces sources.
"Si nous l'avons à l'époque acté c'est que nous avions des doutes, ou des interrogations, sur ce qui nous était demandé" et que "cela pouvait être remis en question voire +cassé+ dans le cours de la procédure", ont-elle ajouté.
A l'IGS, "la majorité des enquêteurs, surtout les plus chevronnés, étaient un peu effrayés" et avaient "anticipé rapidement une future mise en examen" de M. Courroye.