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Ayrault : dix mois pour se révéler

Ayrault : dix mois pour se révéler

Photo Pierre Andrieu/AFP

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"Je sais où je vais", proclame Jean-Marc Ayrault, ce mercredi 20 mars, devant les députés. Ce n'est pas du bluff. Le premier ministre apparaît sincère.

Il a une stratégie, qu'il décline sans hausser le ton. En l'écoutant, on se pose juste une question : que ne l'a-t-il dit plus tôt,  lui qu'on disait mal arrimé et qui paraît soudain si sûr de sa mission, si tranquille dans la tempête ?

Il aura fallu dix mois pour que, les difficultés aidant, l'ancien maire de Nantes se révèle. Et ce n'est pas le moindre des paradoxes que ce soit Jean-François Copé qui l'y aide. Le président de l'UMP cherchait une tribune nationale pour tenter d'effacer l'image détestable que lui vaut sa bataille interne contre François Fillon.

Il suggère une motion de censure contre la politique économique du gouvernement, qu'il vient défendre en personne. C'est un bon tribun. A coups de formules lapidaires, Copé campe un gouvernement qui "marche vers l'abîme". Il dénonce "le choix fou du choc fiscal", étrille la politique de François Hollande, qu'il résume à "quatre engagements, quatre renoncements, quatre échecs". Il multiplie les références à Schröder et à Blair, et appelle à un "big bang économique et social"

Jean-Marc Ayrault intervient juste après ce tir nourri. Il refuse d'emblée la posture du gibier et inverse les termes de la chasse : assez de ceux qui dénigrent le pays, n'ont que les références étrangères à la bouche et jouent comme en 2007 l'air de la rupture ! "Mon modèle à moi, c'est la France , ma référence, la République", proclame le premier ministre.

Alors que la France est entrée de plain-pied dans le spectre inquiétant de la mondialisation, le premier ministre se campe en  protecteur du modèle national. Mais il n'est pas conservateur. Au contraire, il revendique haut et fort le mouvement : il "assume  la stratégie de compétitivité", et va jusqu'à évoquer "la refonte complète de la protection sociale".

Il parle "d'un grand compromis" à trouver sur le travail, la retraite et la famille, et réitère sa volonté de réduire la dette au nom de "la maîtrise du destin collectif".

On croyait ce social démocrate modeste. En réalité, son ambition est immense. Il veut "repenser le modèle français", mais sans rompre avec les principes d'universalité et de justice. "Je sais où je vais, je sais comment y parvenir et comment faire", assure tranquillement Jean-Marc Ayrault, alors que le pays frôle la récession et compte plus de 3 millions de chômeurs.

Il fallait vraiment y croire pour le dire. Il l'a dit.

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