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Par Etienne Sorin

Steven Spielberg, © DreamWorks II Distribution Co
Steven Spielberg, 65 ans au compteur, semblait perdu pour la cause cinéphile. Et sa récente expérience de film en Motion Capture avec Les Aventures de Tintin : le secret de la Licorne, machine sans âme, n’avait rien pour laisser espérer une rémission. Un paradoxe au moment où la Cinémathèque française lui consacre une importante rétrospective et où des auteurs tels que l’Américain James Gray ou le Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul (Palme d’or à Cannes pour Oncle Boonmee) revendiquent l’influence du réalisateur d’E.T. l’extraterrestre.
Seulement voilà, en adaptant Cheval de guerre, roman pour la jeunesse de l’Anglais Michael Morpurgo, Spielberg prouve qu’il est aussi le dernier grand cinéaste classique hollywoodien. Dans cette fresque épique (2h27 au grand galop) qui traverse la Première Guerre Mondiale sur le dos d’un cheval, le maître trouve une idée de mise en scène à chaque plan et fonce tête baissée dans un lyrisme flamboyant (toujours aidé du compositeur John Williams, fidèle au poste). En respectant le cahier des charges d’une production « familiale » qui interdit les plans sur les cadavres les tripes à l’air, Spielberg se montre même plus inspiré que lorsqu’il filme la guerre de façon réaliste dans Il faut sauver le soldat Ryan - voir l’ellipse tranchante à la fin de la charge sabre au clair de la cavalerie anglaise contre les mitrailleuses allemandes. Une séquence d’anthologie, tout comme la cavalcade de l’étalon dans les tranchées au clair de lune, course effrénée s’achevant dans un piège de barbelés au milieu du no man’s land.
Cheval de guerre ne joue pas la carte de la bonté animale contre la barbarie humaine - faire passer Spielberg pour Brigitte Bardot relève de la mauvaise foi. L’équidé sert ici surtout de témoin à la boucherie de la guerre. Et sur comme en dehors du champ de bataille, c’est l’homme, dans toute sa petitesse comme dans toute sa grandeur, qui se reflète dans l’œil du canasson. Pour Spielberg, le cheval n’est finalement qu’un prétexte pour aborder deux thèmes qui lui sont chers : la guerre et la transmission. C’est-à-dire la dignité perdue et retrouvée des
pères.