Spectacles à guichets fermés (dont le prix d'une place peut atteindre une quarantaine d'euros), tournées dans toute la France, produits dérivés à tout-va (écharpes, bonnets, t-shirts, stylos, DVD, etc.), abonnement mensuel payant (4,90 euros par mois) à son site internet, la "petite entreprise" de Dieudonné ne connaît pas la crise.
Malgré cette importante activité commerciale, les condamnations et les dettes de Dieudonné restent impayées. "On ne peut pas saisir ses comptes en banque. On ne peut pas saisir son mobilier. On ne peut pas saisir les parts de ses sociétés" s'indigne au micro de LCI, Alain Jakubowizc, président de la LICRA. "Il appartient à la justice de dénouer les cheveux et de déterminer par quel(s) moyen(s) Dieudonné M'Bala M'Bala a organisé son insolvabilité, si c'est effectivement le cas" poursuit Alain Jakubowizc.
1,8 million d'euros de chiffre d'affaires
Toujours est-il que le business Dieudonné se porte bien. D'autant que ce dernier n'est pas géré par l'humoriste lui-même, mais par sa femme, Noémie Montagne. Selon Le Monde, elle détient 50% des parts sociales des Productions de la plume, l'entreprise qui produit les spectacles de Dieudonné. L'autre moitié est détenue... par la mère de l'humoriste.
Dans cette société, aucune trace de l'humoriste. Ni en tant qu'associé, ni même en tant que salarié. Créée en 2009, Les Productions de la plume a réalisé en 2012 un chiffre d'affaires de plus d'1,8 million d'euros, pour un bénéfice net de 230.000 euros selon le site societe.com (voir le site).
Appels aux dons
Mais ce n'est pas tout. Dieudonné, se décrivant comme victime du système, et donc sans sou, lance régulièrement des appels aux dons auprès de ses fans. En janvier dernier, dans une énième vidéo publiée sur internet, il se félicitait ainsi d'avoir récolté plus de 350.000 euros pour racheter sa maison de Saint-Lubin-de-la-Haye, dans l'Eure-et-Loire, après que cette dernière a été saisie par le fisc. Dans cette séquence, l'homme controversé remerciait ses admirateurs de lui avoir déjà envoyé "40.000 euros". Finalement, cette maison, mise aux enchères par le fisc pour non-paiement d'impôts et contributions sociales, a été rachetée par... Noémie Montaigne, via les Productions de la plume.
Ces démarches ont fini par agacer Christiane Taubira. La ministre de la Justice écrit dans une tribune publiée vendredi sur le site d'informations Huffington Post (lire l'article) qu'"il revient aussi à la Justice de veiller à l'exécution de ses décisions". Répondant aux accusations de manœuvre de la part de l'humoriste pour éviter de payer les amendes, elle ajoute que "l'organisation frauduleuse d'insolvabilité est punie par la loi (...) et si elle est avérée, elle doit faire l'objet des diligences nécessaires". "Le Trésor public doit être en mesure de procéder, par tous moyens de droit, au recouvrement des sommes dues au regard des décisions de justice", poursuit la ministre de la Justice.
L'organisation frauduleuse d'insolvabilité est punie de trois ans d'emprisonnement et de 45.000 euros d'amende.

