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Le Recteur de l'Université d’Etat de Douchanbé, Rakhmonov Abdujabbor a annoncé la semaine dernière la mise en place dans son établissement d’un dress code féminin inhabituel : talons aiguilles d'au moins 10 cm et vêtements unicolores, sans dessins ni fioritures. Le recteur a ajouté que les étudiantes refusant cette mesure se verraient refuser l’accès de l’université. Une journaliste d’Asia Plus a été envoyée sur le terrain le 1er avril afin d’étudier la mise en place de ce face control. Cette dernière a bien confirmé l’application de la mesure souhaitée par le recteur : la plupart des étudiantes portaient bel et bien habits uniformes et talons hauts.
La direction de l'université s’est justifiée en affirmant que les étudiants
«ne doivent pas se distinguer par leur richesse, et doivent donc tous porter des vêtements simples».
Cette volonté de mettre en place un uniforme souple, car acceptant uniquement des légères variantes de couleurs, ne plait pas aux élèves concernées. En effet :
« les tissus unicolores de bonne qualité sont chers et délicats alors que les variantes en tissus synthétiques sont irritantes et inconfortables» proteste une première étudiante. « J’ai des problèmes aux chevilles et j'ai du mal à marcher avec ces chaussures hautes » affirme une autre.
C’est à l’angle d’une rue devant l’université que nombre d’étudiantes changent leurs souliers de ville pour enfiler les talons réglementaires. L’opération terminée, elles vont en cours avec leurs chaussures à la main dans un sac en plastique : personne n’ose discuter la décision du recteur.
Radzhabmo Kosimova , la présidente du Conseil des femmes de l'Université a déclaré dans une interview à la radio "Ozodi" que la décision a vraiment été appliquée afin de faire de leurs élèves : «un modèle pour les autres ». Mme Kosimova a poursuivit en affirmant que « les mocassins gâchent l'apparence des filles. Nous pensons que les talons aident les femmes à se sentir plus féminines, plus sûres d’elles, et que cela rend leurs interlocuteurs plus à l'aise ».

Le recteur de l'université interpelant la journaliste d'Asia Plus. Crédits Asia Plus
Le recteur de l’université a fait son apparition alors même que la journaliste prenait des photos des étudiantes qu’elle avait interviewé. Le recteur est alors accidentellement tombé dans le cadre des clichés. Ce dernier a alors aussitôt saisi et confisqué l’appareil photo et le dictaphone de la journaliste, puis a appelé la police afin que soient mis en examen les « actions non règlementaires et interdites menées par la reporter ». La journaliste a été retenue au poste de police local pendant trois jours pour n’être relâchée que le 4 avril.
Ce n’est pas la première fois que de telles mesures sont imposées au Tadjikistan. Alors qu’il était ministre de l’Education, Rakhmonov Abdujabbor avait mis en place des tenues vestimentaires dans les écoles. Il était alors allé encore plus loin et avait licencié des enseignants fortement pratiquant qui refusaient de raser leur barbe.