
Au lendemain de rassemblements qui ont réuni plusieurs millions de personnes à travers le pays, la crise politique s'aggrave en Egypte : le siège des Frères musulmans au Caire a été mis à sac, lundi 1er juillet, et plusieurs ministres auraient remis leur démission.
Les manifestants attaquent le siège des Frères... par lemondefr
- Démission de quatre ministres
Selon l'agence officielle égyptienne MENA, cinq ministres se sont réunis pour étudier la possibilité d'une démission collective et leur ralliement au mouvement de protestation. Des sources gouvernementales citées par l'AFP et Reuters avancent que quatre d'entre eux ont d'ores et déjà présenté leur démission au premier ministre, Hicham Qandil : les ministres du tourisme, de l'environnement, des communications, et des affaires juridiques et parlementaires.
- Le mouvement Tamarrud lance un ultimatum à Mohamed Morsi
A l'origine de la contestation, le mouvement Tamarrud a appelé le chef de l'Etat, un an jour pour jour après son investiture, à quitter le pouvoir avant mardi. Tamarrud, soutenu par de nombreuses personnalités et des mouvements de l'opposition laïque, libérale ou de gauche, assure avoir collecté plus de 22 millions de signatures pour une présidentielle anticipée, soit plus que le nombre d'électeurs de M. Morsi en juin 2012 (13,23 millions).
Dans un communiqué, Tamarrud ("Rébellion") donne "à Mohamed Morsi jusqu'à mardi 2 juillet à 17 heures pour quitter le pouvoir et permettre aux institutions étatiques de préparer une élection présidentielle anticipée". En cas de refus, le mouvement appelle à une "campagne de désobéissance civile totale". Tamarrud appelle l'armée, la police et l'appareil judiciaire à "clairement se positionner du côté de la volonté populaire représentée par les foules" de manifestants dimanche. Le mouvement rejette l'appel au dialogue lancé le même jour par le président Morsi. "Impossible d'accepter les demi-mesures. Il n'y a pas d'autre alternative que la fin pacifique du pouvoir des Frères musulmans et de leur représentant, Mohamed Morsi."
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- Le siège des Frères musulmans saccagé par
Lundi, des manifestants ont attaqué le siège des Frères musulmans. Le bâtiment, dans le quartier du Moqqatam, situé dans l'est du Caire, a été envahi par des assaillants qui ont jeté des objets par les fenêtres, tandis que d'autres emportaient des meubles. Aucun membre de la confrérie ne se trouvait à l'intérieur du bâtiment, qui avait été évacué dans la nuit.
Le correspondant du New York Times sur place a pris une photo du bâtiment après les attaques :
Les Frères musulmans ont déclaré qu'ils ne toléreraient plus les attaques contre les institutions. Le porte-parole de la confrérie a ajouté que la formation de milices d'autodéfense, sur le modèle des "comités de défense populaire" formés pendant le soulèvement contre Hosni Moubarak en 2011, était l'une des pistes étudiées. "Il est très dangereux qu'une partie de la société utilise la violence comme un moyen d'obtenir le changement, car cela pourrait inciter d'autres à faire de même", a dit le porte-parole en critiquant l'absence des services de sécurité autour de leur quartier général.
Du côté de la place Tahrir au Caire, épicentre de la contestation, où environ 500 000 personnes s'étaient réunies dimanche, un calme précaire régnait. A l'aube, de jeunes manifestants y interdisaient toujours la circulation, mais seules quelques centaines de personnes y demeuraient, souvent installées sous des tentes de fortune.
- Seize morts dans les manifestations dimanche
Au moins seize manifestants ont été tués dimanche, selon le ministère de la santé, dont huit au Caire dans des heurts entre partisans et adversaires du président, et six dans les provinces de Beni Suef, Assiout, Kafr Al-Cheikh et Fayoum. Un manifestant est mort asphyxié devant le palais présidentiel au Caire et un autre à la suite de ses blessures à Alexandrie. Les cortèges, d'une ampleur sans précédent depuis la révolte qui fit chuter le président Hosni Moubarak au début de 2011, ont défilé en scandant "Dégage" et "le peuple veut la chute du régime".
L'armée estime à "14 millions" le nombre de manifestants descendus dans la rue – sur une population de 84 millions d'Egyptiens –, a déclaré une source militaire. Il s'agit "de la plus grande manifestation de l'histoire de l'Egypte", a ajouté cette source sous couvert de l'anonymat.
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- L'armée prête à intervenir
Redoutant de graves troubles, l'armée et la police s'étaient déployées à travers le pays pour renforcer la protection des installations vitales, notamment le canal de Suez. Les militaires se sont dits récemment prêts à intervenir si le climat dégénérait.
Les adversaires de M. Morsi dénoncent une dérive autoritaire du pouvoir destinée à instaurer un régime dominé par les islamistes, ainsi que son incapacité à relancer l'économie. Ses partisans en revanche soulignent qu'il puise sa légitimité dans la première élection présidentielle libre de l'histoire de l'Egypte. Ils accusent l'opposition laïque de faire le jeu des nostalgiques de l'ancien régime.
Lire notre éditorial : "Le triple échec des Frères musulmans"