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Une tribune dans le « New York Times » appelle les jeunes Français à émigrer

« BARREZ-VOUS » – Une tribune dans le « New York Times » appelle les jeunes Français à émigrer

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Félix Marquardt dans "ce soir ou jamais" sur France 3. (capture écran)

Il y a près d'un an, le 2 septembre 2012, une tribune publiée dans Libération, "Jeunes de France, votre salut est ailleurs : barrez-vous !", créait un début de malaise et une amorce de débat autour de la jeunesse de France et de son avenir.

Ses auteurs – le consultant international Félix Marquardt, fondateur des Dîners de l’Atlantique et des Submerging Times Dinners, le rappeur Mokless et le journaliste Mouloud Achour – dénonçaient "une gérontocratie, ultracentralisée et sclérosée", où "une élite de quelques milliers de personnes, dont la moyenne d’âge oscille autour de 60 ans, décide d’à peu près tout" et où près du quart de la jeunesse est au chômage. Cet appel à l'exil ne revisitait pas moins qu'un vieil adage, "les voyages forment la jeunesse", mais en ces temps d'exil fiscal et de déclinisme névrotique il avait été dénoncé par certains comme une coupable incitation à la fuite.

Tribune : "Jeunes de France, battez-vous au lieu de vous barrer"

Dimanche 30 juin, c'est dans les pages du New York Times que l'un des signataires de cette tribune, Félix Marquardt, remet le couvert. Libéral iconoclaste, atlantiste convaincu, narcissique autoproclamé, ancien directeur de la communication du Herald Tribune, il publie sa nouvelle incitation au voyage, intitulée "The Best Hope for France's Young ? Get Out" ("Le meilleur espoir des jeunes Français ? Partir"), dans la version papier du prestigieux quotidien américain.

Son portrait dans Les Inrockuptibles : "Qui es-tu, Félix Marquardt ?"

"Les Français ne sont pas familiers avec l'idée que leur pays, comme bien d'autres pays d'Europe, puisse être un pays d'émigration, que ses habitants puissent avoir envie de quitter." Ils laissent cette solution "aux Portugais, aux Italiens, aux Espagnols et aux Africains, à toutes ces vagues d'immigrés qui ont afflué en France au cours du siècle passé. La France a toujours été un pays où les gens rêvaient de s'installer. Pas une terre qu'on voulait quitter", écrit en préambule Félix Marquardt pour expliquer aux lecteurs américains les réactions outragées qu'avait provoquées sa première tribune en France.

  

Rappelant le fossé générationnel qui clive la société française entre une élite installée et partisane du statu quo et une jeunesse frappée par un chômage de 25 % depuis trente ans, il revient sur la dernière interview télévisée du président de la République, le 16 juin sur M6, une chaîne censée cibler les jeunes, pour souligner le déni de réalité dont font preuve les plus hautes autorités de l'Etat. Sommé de répondre au témoignage de Catherine, une jeune diplômée de Sciences Po, partie tenter sa chance en Australie, François Hollande avait déclaré : "Je dirais à cette jeune personne que la France est son pays. Ce pays vous aime. [...] Mon devoir est de dire à cette jeune femme que c'est ici en France qu'elle doit réussir." Une réponse qui ne convainc pas Félix Marquardt : "Le devoir n'a rien à voir avec la création d'opportunités et l'innovation", s'insurge-t-il dans le NYT.

Lire : "Italie : les excuses du premier ministre aux jeunes 'contraints d'émigrer'"

Il oppose à l'indignation présidentielle la proposition, faite quelques jours plus tôt par Angela Merkel, dans une interview à la BBC. La chancelière allemande "avait explicitement conseillé aux 3,6 millions de jeunes chômeurs de la zone euro d'être prêts à voyager pour trouver du travail, comme l'Union européenne le leur permet et comme le projet européen dans son ensemble les y encourage", écrit-il. Félix Marquardt feint ici d'ignorer que le grave défi démographique qui attend l'Allemagne l'incite naturellement à encourager la jeunesse du sud de l'Europe à venir travailler chez elle, là où la France aurait tout à perdre à voir sa jeunesse partir sous d'autres cieux.

Lire : "L'Allemagne, au chevet des jeunes chômeurs européens"

Il n'empêche, le constat martelé dans Libération est toujours d'actualité dans les pages du New York Times : "Les spectaculaires changements culturels et économiques qui secouent le globe sont souvent l'occasion de discussions paroissiales et parfaitement hors de propos en France, un symptôme de la bulle intellectuelle insulaire dans lequel le pays est piégé depuis bien trop longtemps."

Le consultant international appelle donc à nouveau, mais cette fois-ci depuis l'étranger et en anglais, les jeunes Français à partir, "pour voir comment les choses fonctionnent dans d'autres cultures", et à revenir après "réinjecter un peu de l'énergie et de l'enthousiasme qu'ils ont absorbés". "Cela pourrait aussi s'avérer un choc salutaire pour les responsables politiques de ce pays. Qu'ils soient progressistes ou conservateurs, les politiques français ne peuvent continuer à tenir le vote des jeunes pour acquis. S'ils persistent à le croire, le score de Marine Le Pen continuera de croître, tout comme le nombre de jeunes gens talentueux qui se résoudront à partir, pour de bon cette fois."

Enquête (édition abonnés) : "Chômage des jeunes dans l'UE : diplômés du Sud cherchent emploi au Nord"

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