Eklablog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Suivi quotidien, flash d'actualités touchant l'économie,culture,environnement, société, politique,poésie, l'international.

Publicité

Goodyear à Amiens : le bras de fer sans fin

<nav class="nav_filariane"> </nav> RSS

Le Point.fr - Publié le <time datetime="2013-02-26T17:33" itemprop="datePublished" pubdate=""> 26/02/2013 à 17:33</time>

La CGT vient de créer une nouvelle fois la surprise en annonçant un projet de reprise d'une partie de l'activité en direct par les salariés.

 

 

 

 

 

<figure class="media_article panoramique" itemprop="associatedMedia" itemscope="" itemtype="http://schema.org/ImageObject">

Un salarié de Goodyear d'Amiens mardi devant les pneus incendiés.

<figcaption>

Un salarié de Goodyear d'Amiens mardi devant les pneus incendiés. © Michel Spingler / AP

</figcaption></figure>

 

 

 

Par

Le 7 mars prochain, cela fera pile six ans que les salariés de l'usine Goodyear d'Amiens-Nord se battent. Six ans qu'ils tentent par tous les moyens d'empêcher le plan social annoncé. La CGT, ultra-majoritaire sur le site, a décidé de marquer le coup. Le syndicat a appelé à manifester devant le siège de Goodyear France à Rueil-Malmaison. Mardi, ils ont brûlé 1 173 kilos de pneus usagés pour symboliser les 1 173 salariés menacés de perdre leur travail.

Mais le couperet ne s'en rapproche pas moins. Le seul repreneur intéressé par une partie de la production - celle des pneus agricoles, mais pas des pneus de tourisme - vient de claquer définitivement la porte des négociations. Et avec quel fracas ! Dans une lettre au ministère du Redressement productif, le P-DG du fabricant américain de pneus Titan International, Maurice Taylor, a littéralement assassiné la CGT, mais aussi l'ensemble des salariés, accusés de ne travailler effectivement que trois heures par jour. Même le gouvernement français en prend pour son grade, pour sa supposée passivité face à l'invasion de pneus chinois produits à bas coût.

Quoi qu'on pense d'une telle diatribe antifrançaise, elle pourrait sonner le glas de l'avenir de l'usine. Elle rend en tout cas difficile la recherche d'un nouveau repreneur, tant elle donne une mauvaise image de l'usine.

Deux usines, deux choix

Comment en est-on arrivé là ? Il y a cinq ans, en 2008, la CGT a fait jouer son droit d'opposition pour refuser les conditions posées par la direction pour investir dans le site et redresser la compétitivité du site. La CGT dénonce un véritable chantage à l'emploi et bloque le passage au quatre-huit, une organisation qui impose de travailler 20 week-ends par an et des horaires changeants, y compris la nuit, à l'usine d'Amiens-Nord.

Ce qui n'empêche pas les camarades cégétistes de l'usine jumelle de Dunlop (rachetée en 1999 par Goodyear) à 50 mètres de là, de l'autre côté de la route, de faire le choix inverse, malgré la victoire du non au quatre-huit de 64 % des salariés lors d'un référendum consultatif organisé en octobre 2007. Ils cèdent à la volonté de la direction de réorganiser le rythme de travail en contrepartie d'une augmentation allant de 150 à 190 euros brut et d'une garantie de l'emploi pendant 5 ans. Aussitôt, les "traîtres" sont exclus de la CGT, dont l'emblématique Claude Dimoff, après 32 ans de maison. Ostracisés, ceux-ci brûlent leurs cartes d'adhésion, casquettes et drapeaux de la CGT et s'en vont créer une section Unsa.

La direction de Goodyear veut capitaliser sur son succès. Elle annonce 400 suppressions de poste à Amiens-Nord. Un nouveau référendum, par correspondance, est organisé. Cette fois, sous la menace bien tangible des licenciements, c'est le oui qui l'emporte par 75 % des voix, mais la participation n'atteint que 54 % des votants, la CGT, SUD, FO et la CFDT ayant appelé au boycott. Toujours sur sa ligne dure, le syndicat fait jouer son droit d'opposition à l'accord signé par les minoritaires de la CFE-CGC et de la CFDT. Et conteste le plan social devant la justice. De petite victoire judiciaire en petite victoire judiciaire, elle réussit à éviter son application. L'avocat de la CGT, Fiodor Rilov, tente aussi de prouver que cette décision n'est motivée par aucun motif économique valable, mais plutôt par la volonté de gonfler des profits existants. Sans succès.

La CGT refuse de porter le chapeau

À la pointe du combat de la CGT Goodyear, Mickael Wamen estime que la direction porte la responsabilité du pourrissement du conflit. Pour lui, la stratégie de Goodyear est claire. Il cherche à fermer son usine, mais veut faire peser la responsabilité sur les syndicats. La lettre du P-DG de Titan annonçant qu'il préférait importer ses pneus de Chine plutôt que d'investir en France serait la preuve que son projet de reprise de l'activité pneus agricoles n'était qu'un leurre. "Nous avions vu arriver le coup, c'est pour cela que nous nous étions opposés à ce qu'il vienne visiter notre site, Titan n'a jamais eu de projet pour Amiens-Nord, voilà une sacrée claque pour ceux qui nous ont salis pendant des années, le couperet tombe sur le vrai visage du cow-boy !!!", écrit-il sur le blog de la CGT d'Amiens-Nord quelques heures après la publication de la lettre. "Goodyear commande la benne à ordures et Titan, c'est l'éboueur", résume-t-il au Point.fr.

Une vision que ne partagent visiblement pas les syndicats minoritaires du site. L'un d'eux voit dans le courrier de Maurice Taylor à Montebourg une expression de sa déception devant l'échec des négociations. S'il dénonce un "dérapage incontrôlé" contre les salariés performants de l'usine, il y voit surtout une réaction épidermique au jusqu'au-boutisme de la CGT qui met "les salariés à la porte de l'ANPE". Il ne faut pourtant pas surestimer les vertus de l'accord quatre-huit signé à l'usine Dunlop. Avec la crise, l'usine ne tourne plus qu'à 70 % de ses capacités et l'emploi n'est pas garanti au-delà de 2014.

Une scop comme porte de sortie ?

À Amiens-Nord, la CGT vient de tirer une de ses dernières cartouches en annonçant dans la matinée un projet de société coopérative et participative (scop) pour permettre aux salariés de reprendre en direct l'activité de pneus agricoles, la plus rentable. "Il n'y a pas de contestation possible", a promis l'avocat du syndicat, Fiodor Rilov, en annonçant la nouvelle lors de la manifestation de mardi. Il faut juste que Goodyear accepte de "donner à une éventuelle scop la marque [...], tout ce qu'il était prêt à livrer gratuitement à Titan". Dans le cas contraire, il aura un argument tout trouvé pour discréditer la direction de Goodyear : "S'ils nous disent non, il va falloir qu'ils expliquent au juge pourquoi ils préfèrent licencier 1 200 personnes."

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article