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Heures Supplémentaires : Un mauvais tour

Idées

PAR JEAN-FRANCIS PÉCRESSE
Un mauvais tour

 

Par Les Echos | 16/07 | 07:00 | lien

C'est un bien mauvais tour que la majorité socialiste s'apprête à jouer aux 9 millions de salariés qui effectuent des heures supplémentaires ainsi qu'aux entreprises qui les font travailler. A l'initiative du rapporteur du budget Christian Eckert (PS), la commission des Finances de l'Assemblée nationale devrait voter, aujourd'hui, la fiscalisation de ces heures supplémentaires, avec effet rétroactif au 1 er janvier 2012. Avec cet amendement au collectif budgétaire, une triple peine va être infligée à des Français souvent modestes, ouvriers de l'industrie ou employés de l'hôtellerie, ayant en commun de travailler plus pour gagner plus.

Non seulement ceux-ci vont, de nouveau, devoir payer cotisations et impôts sur ces compléments de revenu, mais cette fiscalisation s'appliquera à des heures de travail déjà effectuées. Le président de la commission des Finances, Gilles Carrez (UMP), a raison de faire observer que ce n'est pas là une pratique loyale. Et si elle ne l'est pas, c'est autant pour une question de droit que de morale : s'il est, à la rigueur, légitime de changer le taux d'un impôt existant qui s'appliquera en 2013 aux revenus de 2012, il n'est pas juste d'en modifier l'assiette en cours d'année car cela revient à créer un impôt par surprise.

L'obsession à démonter un à un les éléments du « paquet fiscal » de 2007 défie la rationalité : le coût de cette fiscalisation rétroactive sera, en effet, bien supérieur à son bénéfice. Le gouvernement et sa majorité en espèrent-ils 1 milliard d'euros de recettes ? Ce milliard, c'est l'économie productive qui le leur paiera. Privées de cet outil de flexibilité qui leur offrait un peu de souplesse à moindre coût, les entreprises auront bien du mal à répondre à des afflux de commandes. Il faut bien mal connaître la réalité entrepreneuriale pour croire que, dans la situation d'aujourd'hui, les chefs d'entreprise embaucheront pour faire face à des regains temporaires d'activité. Quand bien même le voudraient-ils, la plupart ne le pourraient pas, faute de trouver rapidement la main-d'oeuvre qualifiée nécessaire.

Plus grave : la manière dont est traitée, au sommet, cette question des heures supplémentaires révèle une conception obsolète du temps de travail. Plus de dix ans après l'instauration malthusienne des 35 heures, les socialistes pensent donc toujours que le travail se partage, qu'un salarié effectuant des heures supplémentaires prend la place d'un chômeur... Au contraire, le travail des uns crée le travail des autres. Au cosignataire de l'amendement Eckert, Pierre-Alain Muet, qui fut conseiller économique du Premier ministre Lionel Jospin, on peut accorder la circonstance atténuante de la fidélité à un passé dépassé. Mais que, le 14 Juillet, le chef de l'Etat ait fait à haute voix ce raisonnement d'un autre temps, lui qui se dit attentif à la compétitivité des entreprises, voilà qui montre l'étendue du chemin séparant encore ce pouvoir décidément très politique du réalisme économique.

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