Le chef de l’Etat entame jeudi matin sa première visite dans le pays. Durant deux jours, récit des grandes et petites histoires de ce voyage.
Mercredi. François Hollande va-t-il oser prononcer publiquement le nom de Liu Xiaobo, le Prix Nobel de la paix chinois, condamné depuis 2009 à onze ans de prison ? C’est la principale (pour ne pas dire la seule) inconnue de cette visite de deux jours en Chine du Président français, à partir de demain matin. Qui sera une double première. La première fois de sa vie qu'Hollande mettra un pied en Chine — il s’offrira d’ailleurs une petite visite privée de la Cité interdite vendredi matin. Mais aussi la première fois que son homologue chinois, Xi Jinping, au pouvoir depuis mars dernier, recontrera un chef d’Etat occidental.
Mise à part cette question des droits de l’homme (sur laquelle on aura la réponse demain lors de la conférence de presse de Hollande), rien que du très classique. Plusieurs rencontres (dont un déjeuner et un dîner) avec Xi Jinping devront permettre d’évoquer les sujets internationaux du moment (Syrie, Mali et Corée du Nord). Et bien sûr, les contrats commerciaux. En tête de gondole comme à chaque fois avec les Chinois, le nucléaire, avec une possible lettre d’intention pour l’implantation en Chine d’une usine de retraitement des déchets nucléaires du même type que celle de La Hague, et l’aéronautique. Mais Paris et Pékin veulent aussi élargir leur palette de coopération à la santé, au numérique, au développement durable dans la ville (eau, pollution, traitement des déchets...) et à l’agroalimentaire. Le gouvernement aimerait s’inspirer du succès de la filière vinicole française (près de 800 millions d’euros d’exportation en Chine) pour le développer dans la charcuterie. «Une affaire qui est loin d’être anecdotique», selon l’Elysée. Cela fait trois ans que la filière porcine française cherche à vendre ses produits dans le pays. Ils sont pour l’instant interdits pour d’obscures raisons sanitaires. Mais demain, Hollande espère bien annoncer la libération du commerce du saucisson.
Mercredi 20 heures (heure locale). L’ambassadeur de France en Chine est une femme. Mais Sylvie Bermann tient à ce qu’on l’appelle «madame l’ambassadeur». Car, dit-elle, une ambassadrice reste avant tout la femme d’un ambassadeur. Elle est charmante, chaleureuse et directe. Rien d’une diplomate corsetée. Mercredi soir, il y a du beau monde à se presser autour du buffet, sous l’immense lustre dégoulinant de la salle de réception de la toute neuve ambassade de France, inaugurée il y a à peine deux ans. Principalement des patrons français, qui ont tous un pied (parfois les deux) en Chine. On pouvait croiser Frédéric Oudéa, le patron de la Société Générale qui explique qu’il ouvre une agence par an ici, limité par une législation bancaire très stricte.
On discute avec Laurent Max, viticulteur à Beaune, qui vient en Chine depuis quarante ans pour tenter de vendre son bourgogne. Depuis trois ans, ses ventes ont enfin décollé. Il livre les hôtels, les chaînes de distribution de luxe. Et rigole quand ses clients lui offrent une vulgaire piquette en pensant lui faire déguster un grand cru. Les faux en vin sont, paraît-il, monnaie courante en Chine. Comme dans beaucoup de secteurs. Martin Robain, architecte chez Architecture studio, n’a pas ces problèmes. Il constuit des musées dont un à Lhassa, au Tibet. Il dit que son agence refuse du travail. La dépression européenne est très loin. La chanteuse Joyce Jonathan, 24 ans, révélée par son album Sur mes gardes en 2010, est même en train de commencer une carrière ici. Elle serait aujourd’hui la chanteuse française qui a le plus de succès en Chine. Elle y fait des télé, déjà des concerts. Si bien que sur son dernier album, elle a été contrainte de chanter plusieurs titres en chinois. On n'a rien sans rien.