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Interdire le vin sur Internet ? : bordel à pinard land

No wine is innocent

La France exporte l'équivalent de 70 Rafale par an en pinard ! Si ça ne cache pas une ou deux bonnes histoires... Ici, je parle donc du vin dans la bouteille, mais surtout de ce qui se trame autour d'elle.

Interdire le vin sur Internet ? : bordel à pinard land
Antonin Iommi-Amunategui
Blogueur, auteur
Publié le 26/09/2013 à 21h44

Une vigneronne atterrée (Vin et Société/DR)

On a assisté ce jeudi à une impressionnante levée de bouclier dans la filière : du viticulteur de l’Entre-deux-Mers au journaliste parisien, en passant par les interprofessions ou les blogueurs spécialisés, tous ou presque se sont soudain mis à parler d’une même voix, pour s’élever contre ce qu’ils estimaient être une stigmatisation sans précédent du vin, pourtant deuxième poste d’exportation français et « patrimoine national ».

Meneur de cette résistance, le site « Ce qui va vraiment saouler les Francais », édité par l’association « Vin et Société » qui entend « représenter les 500 000 acteurs de la vigne et du vin » en France.

Mis en ligne jeudi à 11h, ce site enregistrait plus de 35 000 visiteurs à 18h. La barre des 40 000 est franchie dans la soirée.

Cause de cette effervescence, une poignée de recommandations de la MILDT (Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie), dans le plan de lutte contre contre la drogue et les conduites addictives qu’elle vient de remettre au gouvernement, notamment celles d’augmenter les taxes sur le vin et de ne plus autoriser la promotion du vin sur Internet.

Que recommande la MILDT en clair ?

Voir le document

(Fichier PDF)

Deux recommandations censées être dans le fameux plan (PDF ci-contre) étaient en effet particulièrement dans le collimateur des défenseurs de la cause viticole :

  • La première entendait « retirer de la liste des activités autorisées la propagande et la publicité en faveur des boissons alcoolisées sur les services de communication en ligne ». En clair, restreindre l’actuelle liberté d’expression et de communication existant pour le vin sur Internet.
  • La seconde concernait les taxes appliquées au vin, indiquant en substance que, pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la santé publique, les différents gouvernements « épargnent systématiquement le vin », et qu’il convient « d’unifier la taxation sur les alcools » au regard des impératifs de santé publique. En bref, augmenter lourdement les taxes sur le vin.

Des dizaines de milliers de personnes alertées ou mobilisées

Porte-monnaie et communication en ligne étant directement visés, on comprend que la quasi-totalité des acteurs de la filière – qui emploie directement ou indirectement autour de 500 000 personnes – se soit sentie concernée.

C’est la remise en question de la communication en ligne – perçue comme une censure pure et simple – qui a créé les réactions les plus vives, une agitation véritablement sans précédent :

  • A 17 heures, l’URL du site « Ce qui va vraiment saouler les Français » avait été partagé plus de 1350 fois sur Twitter (source : Tweetreach.com).
  • Facebook a également croulé sous plus de 5000 « partages ».
  • Des dizaines de milliers de personnes ont ainsi été alertées ou mobilisées en quelques heures.

Simultanément, sur le terrain, les porte-paroles du puissant CIVB (Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux) portaient un tee-shirt sans équivoque lors de leur conférence de presse annuelle, dans un effort de synchronisation manifestement bien orchestré.

Quand le CIVB soutient lors de sa conférence de presse annuelle.

Enfin, « Vin et Société » interpelait directement François Hollande et son Premier Ministre, en les invitant à prendre position sur le sujet.

François Hollande interpellé par « Vin et Société » (Vin et Société/DR)

Branle-bas de combat général dans le vin alors ?

Sauf que...

Sauf qu’aucune de ces mesures coercitives n’a jamais été retenue par la MILDT

Ces mesures vivement dénoncées par la filière viticole – interdiction de communiquer sur Internet et augmentation des taxes sur le vin – n’ont en fait jamais été retenues par la mission interministérielle.

A l’origine de cette confusion, une simple « erreur de maquette », comme nous l’a expliqué au téléphone Stéphane Idrac, chargée de la communication pour la MILDT :

« Non, rien de tout cela n’est dans la version finale du plan de lutte gouvernementale, c’est une erreur de maquette, déjà corrigée sur le site. Une erreur de copier-coller... Ces quelques lignes dénonçant la promotion en ligne du vin de devaient pas y figurer.

D’ailleurs, aucune de ces mesures polémiques du rapport Reynaud [un rapport d’expertise initial, où apparaissent ces recommandations concernant l’interdiction de la communication en ligne sur le vin et l’augmentation des taxes – ndlr] n’a été retenue par la MILDT.

Les associations d’addictologues en sont même mécontentes et nous le reprochent... »

En somme, un bon gros malentendu, que la MILTD, coupable d’une « erreur de copier-coller », et « Vin et Société », qui s’est un peu emballé en créant un site dédié et en mobilisant tous ses réseaux, devraient vite aller oublier autour d’un verre.

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