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05/03 | 16:22 | Gabriel Gresillon
Réconfort du cérémonial. En présentant lundi matin, pour la dernière fois, son rapport annuel sur le travail du gouvernement, le Premier ministre chinois, Wen Jiabao, a respecté les codes immuables du rituel. Une heure cinquante de discours debout, dans un décor inchangé, moquettes et tentures rouges du Palais du peuple, devant les mêmes délégués du peuple lisant et tournant les pages du discours en même temps, et les mêmes applaudissements à la stupéfiante synchronisation. Dans les propos, un souci tout aussi manifeste de s'inscrire dans la continuité : le dirigeant en fin de carrière appelle à « tenir haut la grande bannière du socialisme à caractéristiques chinoises », avec pour guides la pensée de Deng Xiaoping et la très impalpable théorie des 3 représentativités formulée par Jiang Zemin (président de 1993 à 2003).
Pourtant, sur le fond, ce sont bien les contours d'une nouvelle Chine que dessine le Premier ministre. Une Chine qui rentre dans une phase moins fulgurante de son développement : l'objectif de croissance pour 2012 s'établit à 7,5 %, contre une croissance constatée de 9,2 % en 2011. Wen Jiabao s'empresse de rassurer, en rappelant que ce chiffre est cohérent avec l'actuel plan quinquennal qui fixe à 7 % l'objectif de croissance annuelle. Cette fois, l'anticipation du gouvernement n'apparaît pas comme une grossière sous-estimation destinée à être pulvérisée, mais comme une traduction des inquiétudes concernant la 2e économie mondiale.
Ce sont d'ailleurs ces inquiétudes qui apparaissent, en creux, derrière la liste des chantiers énoncée par Wen Jiabao. L'objectif prioritaire est de changer de modèle de croissance. La thématique n'est pas totalement nouvelle. L'an dernier déjà, le dirigeant chinois avait détaillé ses projets pour s'éloigner du modèle « low cost » qui a fait le succès de la Chine. Mais les hausses de coûts et le tassement des exportations font du rééquilibrage de l'économie chinoise « notre mission la plus pressante », insiste Wen Jiabao. Il est surtout urgent d'augmenter la consommation des ménages. Ce qui passe par une hausse de leur pouvoir d'achat, un développement de l'Etat providence - une généralisation des congés payés est évoquée -, une accélération de la construction de logements sociaux, et une fermeté constante à l'égard des prix immobiliers.
Wen Jiabao a surtout fait la preuve, tout au long de son discours, de l'importance qu'il accorde aux mécontentements qui secouent la société chinoise. Car il faut bien faire face à l'autre grande transformation en cours dans la Chine contemporaine : une population nettement moins docile. Ici, le Premier ministre appelle à augmenter la sécurité alimentaire et sanitaire. Là, c'est le système du Hukou, qui prive les migrants des mêmes droits que les urbains qu'ils côtoient au quotidien, qui doit être revu. A plusieurs reprises, il insiste sur la nécessité de combattre vigoureusement les expropriations abusives, motif principal des conflits sociaux en Chine. Quant à la pollution urbaine, elle devra, d'ici à 2015, être mesurée dans tout le pays en suivant les particules les plus fines, un détail qui en dit long sur le pouvoir nouveau de la société civile puisque c'est la grogne des internautes pékinois qui est à l'origine de cette petite révolution. Wen Jiabao parle même de « respecter la créativité du peuple » et d'accélérer les réformes politiques, notamment de « conduire des élections démocratiques », à l'image probablement de ce qui vient se faire dans le village de Wukan sous l'oeil des médias du monde entier. Tout cela, bien sûr, de façon « prudente » et en promouvant « les valeurs fondamentales du socialisme ».
(Photo Reuters)
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