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Le Point.fr - Publié le 05/03/2012 à 17:25 - Modifié le 05/03/2012 à 17:39
Un bureau de vote dans la région de Moscou. © Sergiev Posad / RIA Novosti/AFP
Après les fraudes massives aux élections législatives du 4 décembre 2011, qui ont amené au pouvoir le parti de Vladimir Poutine, Russie unie, des centaines de jeunes et de militants de l'opposition ont passé leur formation auprès des ONG spécialistes des luttes contre les fraudes afin d'observer le scrutin présidentiel de dimanche.
Munie d'un téléphone portable capable de filmer, d'eau, des instructions du "citoyen observateur", de feuilles vierges pour mes plaintes éventuelles et de mon mandat d'observateur, je me plante, le jour du vote, à 7 h 30 devant le bâtiment de l'école - bureau de vote n° 1796, dans un quartier ouvrier au sud de Moscou. Avant l'ouverture du vote, j'assiste au plombage des urnes et me fais inscrire dans la liste des membres de la commission.
À 8 heures, les premiers électeurs sont trois ouvriers qui ne sont pas domiciliés dans le quartier. C'est une des pratiques de fraudes répandues, mais ici tout semble correct - ces gens ont écrit leur demande de dérogation trois jours en avance, et leurs noms sont bien enregistrés dans un registre complémentaire. Moi-même, je suis dans le même cas : je vote en utilisant mon "otkrepitelny" - le fameux talon de vote en dehors de son lieu de domiciliation.
Une heure après, un collègue m'appelle d'un bureau de vote voisin pour dire qu'il a surpris une dizaine de jeunes qui viennent de voter avec leur talon. Il m'avertit de leur éventuelle arrivée. Trois jeunes débarquent en effet probablement issus de ce groupe. Je ne peux rien faire, sinon les prendre en photo et avertir le coordinateur de mon groupe. Puis je les suis et les vois se réunir auprès d'un quatrième homme. En me voyant les photographier encore une fois, ils se retirent en vitesse. Je m'attends à une nouvelle vague de ce "carrousel", cette tournée de bureau en bureau lors de laquelle des fraudeurs votent plusieurs fois, mais personne de suspect ne viendra plus.
Le taux de participation, à 13 heures, est environ de 35 % - contre 4 % à la présidentielle de 2008.
Sur Internet, je lis les messages des autres observateurs. À Stroguino, quartier au nord de Moscou, plus d'un millier de personnes sont inscrites sur le registre complémentaire, alors qu'elles n'ont pas fait de demande de dérogation, les groupes mobiles d'observateurs surprennent des bus qui circulent d'un bureau de vote à l'autre. On signale aussi un bureau de vote fantôme dans un village temporaire d'ouvriers en banlieue de Moscou... L'ONG Golos centralise tous ces incidents et sur sa carte interactive des infractions
Environ 180 000 webcams ont ainsi été installées dans plus de 90 000 bureaux de vote pour permettre de suivre le scrutin en ligne. Vers 13 heures, je parviens à me connecter au site : je constate un bourrage d'urnes au Daguestan, des chants et des danses en Tchétchénie, des femmes appartenant à la commission électorale qui remplissent les bulletins vierges dans une petite ville de l'Oural... Tous semblent avoir oublié les caméras... Nous aussi sommes filmés.
Maman ! Il faut voter Poutine ! Pou-tine ! Pou-tine ! crie un enfant de cinq ans collé aux jambes de sa mère dans l'isoloir. Une femme âgée dépose son bulletin en faisant un grand signe de croix.
À 20 heures, le vote est terminé. Le décompte peut commencer. À part l'épisode des trois jeunes, je n'ai constaté aucune infraction dans ce bureau où Poutine a rassemblé 766 voix, soit 49,9 %. À peine avons-nous achevé de compter que le vainqueur fête déjà sa victoire sous les murs du Kremlin. Il a obtenu 64 % des voix.
À 5 heures du matin, je rentre chez moi munie d'une copie des résultats officiels du bureau n° 1796. Si la commission centrale souhaite corriger les résultats de mon bureau a posteriori, je pourrai prouver la falsification.