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José Anigo attaque les Guignols : malgré l'émotion, il ne les fera pas condamner

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José Anigo attaque les Guignols :
malgré l'émotion,
il ne les fera pas condamner
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<time class="date-post" datetime="2013-09-13T20:45:12" itemprop="dateModified">Publié le 13-09-2013 à 20h42 - Modifié le 13-09-2013 à 20h45</time>lien

LE PLUS. Adrien Anigo, le fils du directeur sportif de l'Olympique de Marseille José Anigo, a été assassiné le 5 septembre dernier. Plus tard, les Guignols de l'Info ont diffusé deux sketches y faisant référence. Il a décidé de porter plainte, "parce qu'on ne rit pas avec la mort". Peut-il gagner face aux humoristes de Canal Plus ? Réponses de Mathieu Davy, avocat.

Édité par Henri Rouillier  Auteur parrainé par Aude Baron

José Anigo a une conférence de presse de l'OM, le 24 janvier 2013 (K.VILLALONGA/SIPA).

 

José Anigo va porter plainte contre Canal Plus pour un sketch des Guignols qui rappelle l’assassinat de son fils dans les quartiers nord de Marseille.

Cette pastille traite de manière sarcastique de l’événement en faisant un rapprochement direct entre José Anigo, le club de l’OM et le milieu marseillais. José Anigo regrette qu’un lien soit fait entre ses propres affaires et celles de son fils.

 

Deux questions se posent : est-ce qu’il peut empêcher les commentateurs d’en parler, et accuser un média satirique d’en faire de l’humour ?

 

Pas d’atteinte à la vie privée

 

Il est difficile d’empêcher les commentateurs de relayer cette affaire, car il s’agit bien d’une information publique. Les règlements de compte à Marseille, comme le casier judiciaire de son fils, font partie de l’actualité, et José Anigo est un personnage public. Donc l’assassinat de son fils, dans ces conditions, entre bien dans le droit à l’information. Il n’y a pas en l’état de ce constat, d’atteinte à la vie privée.

 

Plus précisément, est-ce qu’un média satirique peut traiter à chaud de cette information tragique avec humour ? Peut-on rire de la mort de quelqu’un ?

Le principe du droit à l’humour est qu’il ne répond à aucun critère, aucune grille, donc a priori aucune exception, sauf à enfreindre des règles pénales supérieures, comme la diffamation, l’injure, l’appel à la haine, etc. Et encore…

 

Le droit à l’humour est  une composante très puissante du principe général de la liberté d’expression, et donc échappe très souvent au droit, puisque nous ne sommes pas dans le domaine du "sérieux".

 

Pas de diffamation, pas d’injure

 

Certains diront même,  que plus l’humour est grinçant, plus il est drôle, donc plus il est "lui-même". Ce serait bien là le principe même de l’humour. C’est un contournement, une échappatoire. Et l’humour noir, ça reste de l’humour.

 

À ceux qui pourraient reprocher aux Guignols un manque de décence, de respect, il pourrait leur être répondu que ce sketch n’est pas réellement attentatoire à la personne du fils de José Anigo, il stigmatise une actualité chaude du moment, les règlements de compte à Marseille, et le "milieu", sa violence, son horreur, ses réseaux.

 

Sous-entendre que José Anigo, cadre bien connu de l’OM, et son entourage proche, auraient des liens avec le "milieu", est-ce vraiment de la diffamation ? Alors, quand à en rire…

 

Parce que certes, un média classique est naturellement astreint à des obligations déontologiques, des devoirs, de vérification des sources, de neutralité, d’absence d’animosité… Mais c’est bien tout l’inverse de ce que l’on demande à un humoriste, et donc, aux Guignols !  

 

Je ne vois donc pas comment cette plainte pourrait aboutir. Tout le monde comprend l’émotion de José Anigo, mais du point de vue strictement juridique, ça fait malheureusement partie du jeu "médiatique".

 

Personne (ou presque) ne fait condamner les Guignols

 

Depuis plus de 20 ans et un certain nombre de poursuites, quasiment personne n’a fait condamner les Guignols. La plupart qui ont porté plainte se sont cassés les dents, au titre du droit à la caricature et à la critique.

 

En matière d’humour noir, on se souvient de sketch assez virulents, sur le 11 septembre, sur Fukushima, sur les morts tragiques de Lady Di, de Pierre Bérégovoy, etc.

 

Et en l’espèce, ce sketch est bien moins spectaculaire que certains autres, y compris dans le traitement de la mort.  

 

Faire partie de la vie publique, parce qu’est on est le fils d’une personnalité locale, ou parce que ses propres agissement ont déjà garni la rubrique "faits divers" des journaux, c’est malheureusement devoir affronter ce genre de choses. 

 

Et puis, rappelons un vieil adage, selon lequel une société qui peut rire de ses morts est une société en bonne santé.

 

 

 

 

Propos recueillis par Louise Pothier.

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