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Le Monde.fr | <time datetime="2013-05-15T18:58:56+02:00" itemprop="datePublished">15.05.2013 à 18h58</time> • Mis à jour le <time datetime="2013-05-15T19:01:21+02:00" itemprop="dateModified">15.05.2013 à 19h01</time>
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Moins de dix jours après l'arrestation de Dominique Strauss-Kahn pour agression sexuelle à New York, Le Parisien révèle que deux anciennes employées de la mairie de Draveil ont déposé deux plaintes pour "harcèlement sexuel" à l'encontre de Georges Tron, alors secrétaire d'Etat à la fonction publique et actuel maire de la ville essonnienne.
Dans leurs plaintes (publiées par Rue89), les deux femmes, employées de janvier 2007 à mars 2009 pour la première, de septembre 2008 à septembre 2010 pour la seconde, dénoncent les "très nombreux gestes déplacés" de M. Tron au prétexte de réflexologie (massage thérapeutique des pieds). Dès le 25 mai, le parquet d'Evry ouvre une enquête préliminaire pour vérifier des accusations "susceptibles de recevoir la qualification d'agression sexuelle et de viol". Georges Tron, lui, annonce une plainte pour dénonciation calomnieuse.
Lire : Georges Tron se dit victime d'une "camarilla organisée"
Dès les premières révélations, Georges Tron fait un lien avec un contentieux immobilier qui l'oppose "depuis des mois" avec la famille Le Pen à Draveil. Le secrétaire d'Etat souligne également le fait que les deux plaignantes ont choisi comme avocat Gilbert Collard, élu député l'année suivante sous l'étiquette du Front national.
Marine Le Pen annonce le 26 mai une plainte pour "diffamation" à l'encontre de M. Tron. "Il se trouve que [M. Collard] s'est rapproché de ma candidature présidentielle il y a quelques jours, et de cela M. Tron tire la conclusion que ce serait moi qui serais responsable de ses déboires, affirme la présidente du FN sur RTL. Je ne le laisserai pas mettre en cause ma réputation pour essayer de sauver la sienne."
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Dans un communiqué publié dans la matinée du dimanche 29 mai, François Fillon, alors premier ministre, annonce la démission du gouvernement du secrétaire d'Etat à la fonction publique. Dans une lettre envoyée au président Nicolas Sarkozy, M. Tron explique qu'il fera "une affaire personnelle de faire reconnaître [son] innocence en combattant les accusations vindicatives de deux anciennes collaboratrices".
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A la suite de l'ouverture de l'enquête par le parquet d'Evry, Georges Tron est placé en garde à vue le 20 juin 2011. Au total, il passera deux nuits dans les locaux du service régional de police judiciaire de Versailles. Le secrétaire d'Etat continue de nier les accusations.
Il est toutefois mis en examen le 22 juin pour "viols en réunion et viols et agressions sexuelles par personne ayant autorité". Il est laissé en liberté sous contrôle judiciaire. Son adjointe à la mairie de Draveil, Brigitte Gruel, est également mise en examen pour "certains faits", et placée sous le statut de témoin assisté pour d'autres, affirme son avocat. La procureure de la République d'Evry, Marie-Suzanne Le Quéau, révèle par ailleurs que les enquêteurs disposent d'un troisième témoignage, venant d'une ancienne assistante parlementaire de Georges Tron, portant sur "des faits similaires" mais qui n'a pas porté plainte.
Huit jours après sa mise en examen pour viols, Georges Tron retrouve le 30 juin son siège de député de l'Essonne qu'il avait laissé en entrant au gouvernement. Il aurait ainsi pu bénéficier d'une immunité parlementaire mais le bureau de l'Assemblée nationale décide, le jour de son retour, de lever son "inviolabilité parlementaire".
Au début de l'année 2012, retournement de situation : les éléments qui affluent sur Virginie Faux et Eva Loubrieu, les deux accusatrices, et sur le contexte local de Draveil, tendent à accréditer la thèse d'un règlement de comptes. Au début du mois, RTL révèle les expertises psychologiques des différents protagonistes de l'affaire. Si Georges Tron est relativement épargné, les deux plaignantes sont décrites comme présentant des "troubles psychologiques".
Lire : Les deux plaignantes dans l'affaire Tron se dépeignent comme des proies seules et fragilisées
Fin janvier, l'enquête judiciaire semble bien étayer en partie l'hypothèse d'un complot contre l'ancien secrétaire d'Etat. Les deux plaignantes ont bien reçu séparément des conseils de Jacques Olivier, ancien conseiller en communication du Front national et frère jumeau de Philippe Olivier, 51 ans – lui aussi ancien permanent du FN –, marié à Marie-Caroline Le Pen. Tous deux vivent à Draveil et assurent avoir simplement offert leur "soutien" après qu'Eva Loubrieu était venue à une soirée organisée chez Jacques, trois mois avant qu'elle ne porte plainte.
Au centre de l'affaire, on trouve un projet immobilier soutenu par M. Tron et que combattent fermement les frères Olivier. Ils dénoncent l'absence de mise en concurrence de la transformation du site de l'hôpital Joffre, dans leur quartier de Champrosay, en lisière de la forêt de Sénart, pour construire 400 logements sociaux. En 2014, le Front national espère ravir la mairie de Draveil à Georges Tron.
Lire l'enquête du Monde : Affaire Tron : soupçons de règlements de comptes
Lire aussi : Georges Tron : "Dire que j'attrape les pieds est ridicule"
Malgré ces premiers doutes, l'enquête se poursuit toutefois. Un juge d'instruction d'Evry organise le 10 mai 2012 une confrontation entre Georges Tron, Virginie Faux et Eva Loubrieu. Pour cette dernière, cette confrontation doit permettre de "confondre" le maire de Draveil "face à sa thèse complètement surréaliste de complot, ses contradictions, ses aberrations, son discours qui ne tient pas la route plus de vingt secondes. Il y a des témoins, des pièces au dossier. Notre reconstruction ne passera que par la reconnaissance de cette situation". Pour Georges Tron, en revanche, cette rencontre "confirme le caractère mensonger des accusations, déjà établi par l'instruction".
Nul doute que sa mise en examen pour viols a joué dans le choix des électeurs. Le 17 juin, Georges Tron est largement battu dans la 9e circonscription de l'Essonne, son adversaire socialiste Thierry Mandon obtenant 56,75 % des voix. Le maire de Draveil – où il est toutefois majoritaire avec 51,91 % des suffrages exprimés – perd ainsi un siège qu'il détenait depuis 1993.