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L\'agriculture peut-elle sauver l\'Ukraine?

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L'agriculture peut-elle sauver l'Ukraine?

Par  et , publié le <time datetime="2014-05-03 14:23:00" itemprop="datePublished" pubdate="">03/05/2014 à 14:23</time><time datetime="2014-05-03 15:00:12" itemprop="dateModified">, mis à jour à 15:00   </time>lien 

Pour certains, l'agriculture ukrainienne constitue la "botte secrète"

qui pourrait contribuer à sauver le pays de la crise. Possible, mais

pas sûr. Loin de là... 

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L'agriculture peut-elle sauver l'Ukraine?

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Un soldat ukrainien patrouille près de Slaviansk, le 27 avril 2014.

REUTERS

 

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"L'Ukraine n'est pas seulement un grand pays agricole, c'est une superpuissance verte qui, bientôt, rayonnera dans le monde." A Kiev, malgré la crise politique, le risque de partition du pays et le marsasme économique, certains osent parler d'avenir radieux. Et se raccrochent à cet ultime espoir: demain, l'agriculture sauvera l'Ukraine. 

"Personne n'y prête attention, mais les céréales, c'est la botte secrète du pays", s'enthousiasme Jean-Jacques Hervé, éminent spécialiste des questions agricoles ukrainiennes, en poste à Kiev pour le compte de la banque Crédit Agricole. "Grenier à blé de l'Europe à la fin du 19è siècle, puis garant de la sécurité alimentaire de l'Union soviétique au 20è, cette nation de 600.000 kilomètres carrés reste aujourd'hui un géant agricole aux frontières de l'Union européenne." 

Pays de 45,5 millions d'habitants, l'Ukraine bénéficie d'avantages comparatifs remarquables, notamment son fameux "tchernoziom", ou "terres noires"', un type de sol particulièrement fertile, très bien arrosé (par le Dniepr et ses affluents) et résistant aux sécheresses. 

A cela s'ajoute sa position géographique, au bord de la mer Noire, qui est idéale. C'est là en effet que se trouvent ses ports d'exportation vers l'Union européenne (principalement le Portugal et l'Espagne), l'Afrique du Nord, le Moyen-Orient, bref tout le bassin méditérranéen et, dans une moindre mesure, vers l'Asie. 

il faut noter que la totalité de ces ports se trouvent dans la partie occidentale du pays (Odessa, Illitchiovsk, Nikolaiev, Youzhny), de sorte que la capacité d'exportation de l'Ouest, contrôlé par Kiev, ne serait pas affectée en cas de partition. 

Pays agricole par excellence, l'Ukraine produit des céréales (blé, orge, maïs, tournesol) mais aussi du lait et des volailles. L'agriculture représente près de 15% du produit intérieur brut (PIB). Il constitue aussi le premier poste d'exportation dans la balance commerciale et emploie 16% de la population active. 

"Après les Etats-Unis et l'Union européenne, l'Ukraine est déjà le troisième exportateur mondial de céréales", s'enthousiasme Jean-Jacques Hervé, qui décrit un secteur en plein boum. "Les capacités portuaires et de stockage se modernisent à vitesse grand V depuis quelques années. Voilà huit ans, le pays parvenait difficilement charger plus de 8 millions de tonnes par an. Aujourd'hui, il en charge 4 millions par mois." 

En dépit de ce tableau idyllique, la ruée des investisseurs n'est pas à l'ordre du jour. Certes, en 2013, l'agriculture était sur le point de permettre à l'Ukraine de sortir de la récession. Mais la révolution de Maïdan, le renversement du président Viktor Ianoukovitch et les tensions avec la Russie qui s'en sont suivies, ont gâché cette lueur d'espoir. "Le climat n'est pas favorable", admet notre banquier qui tente de se rassurer: "A long terme, je suis convaincu que les choses changeront." 

Conseiller technique auprès du gouvernement ukrainien pour les questions agricoles, la gersois Henri Barnabot estime, pour sa part, que l'agriculture demeure une richesse ukrainienne largement sous-exploitée: "Ce secteur a théoriquement la capacité de doubler sa production d'ici dix ou quinze ans, mais il y a au moins deux problème à régler: le système de crédit et la corruption." Aujourd'hui, les taux d'intérêts, qui constituent un facteur clé dans tout projet de développement agricole, sont prohibitifs et empêchent tout décollage agricole: ils se situent autour de 25%..." 

Quant à l'autre problème, celui de la corruption, il n'est pas moins aigu. Dans la région de Donetsk, Iouri Soumietz, qui possède une des plus grandes exploitations de pommes de terres des environs résume la situation: "Sous Ianoukovitch, il nous fallait provisionner 10% de nos bénéfices pour "les rats", ainsi que nous avions coutume de désigner les fonctionnaires mafieux qui nous rackettaient systématiquement sous couvert de contrôles sanitaires, de formalités administratives, de taxes et de tracasseries en tous genres." 

La corruption était pratiquée à tous les étages, depuis l'échelon communal, jusqu'au sommet de l'Etat. A Kiev, un diplomate européen se souvient que l'ancien ministre de l'Agriculture prélevait dix dollars sur chaque tonne exportée. Or l'Ukraine exporte des dizaines de millions de tonnes de céréales chaque année. "Lorsqu'il venait à Paris, ce monsieur descendait à l'hotel Ritz, précise-t-il. Il avait l'air gentil; cependant, c'était un vrai bandit. Quant à son beau-frère, qui présidait le comité phyto-sanitaire, on a trouvé 1,6 million de dollars en liquide chez lui au moment de la fuite du président Ianoukovitch..." 

Reste à savoir si le nouveau pouvoir sera plus vertueux. "Il faut absolument que les Ukrainiens sortent de ce système de corruption qui a conduit à l'asphixie financière du pays, note le diplomate. A force de tirer sur la corde, ils ont scié leur propre branche et ils ont cassé le pays."  

Un ancien investisseur français, qui a investi pendant une décennie dans le secteur agricole ukrainien, avant de quitter définitivement le pays, n'est guère optimiste: "Bien sûr que, sur le papier, l'Ukraine possède le plus gros potentiel agricole de toute l'Europe. Mais qui va vouloir investir dans un pays où les mafieux font la loi? La vérité, c'est que le pays devrait déjà avoir atteint le double de son développement actuel. Le seul problème, c'est que le sport national consiste à inventer des taxes pour racketter les entrepreneurs. Actuellement, le coût de chargement d'un bateau est deux fois plus élevé que partout ailleurs dans le monde, et cela sans aucune raison valable." 

Selon ce businessman échaudé, le "miracle ukrainien" est une formule éculée. "Ce miracle, c'est le miroir aux alouettes! En réalité, accuse-t-il, sous couvert d'anonymat, l'Ukraine est le seul endroit au monde où il est impossible de bosser. J'y ai investi pendant dix ans et cela ne m'a pas rapporté un rond. L'Ukraine fut mon chemin de croix. Et, jusqu'à preuve du contraire, il ne faut guère se faire d'illusion. Lle nouveau gouvernement ne voudra pas ou ne pourra pas en finir avec la corruption."  

 

 
 
 

 
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