Claude Guéant se défend de tout blanchiment ou de financement politique illégal par la Libye, mais ses explications sur les 500 000 euros sur son compte et sur les primes en liquide dont il aurait bénéficiées à l’Intérieur, sont mises à mal. La porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem, interrogée sur l’affaire Guéant, a assuré jeudi que le gouvernement se tenait «prêt à faire la lumière» sur l’ancienne pratique des fonds secrets des ministères s’il en était saisi par la justice.
«Il faut laisser dans cette affaire, comme dans les autres, la justice travailler, l’enquête doit suivre son cours», a déclaré Mme Vallaud-Belkacem devant la presse, lors de son compte-rendu hebdomadaire du Conseil des ministres. «Le gouvernement se tient prêt à faire la lumière sur cette question si besoin est, s’il est sollicité par la justice», a-t-elle cependant enchaîné tout en soulignant que «évidemment, des fonds secrets, il n’y en a plus dans les cabinets».
Ancien ministre de l’Intérieur et proche collaborateur de Nicolas Sarkozy, Claude Guéant a nié tout détournement ou blanchiment de fonds publics et justifié le versement de 500 000 euros sur l’un de ses comptes par la vente de deux tableaux d’un peintre flamand du XVIIe siècle. Il a par ailleurs affirmé avoir bénéficié de primes en liquide versées aux fonctionnaires du ministère de l’Intérieur «jusqu’à 2006» alors que cette pratique était censée avoir pris fin en 2002.
Le syndicat de police Unité-SGP, premier syndicat des gardiens de la paix, a demandé jeudi à Manuel Valls un audit sur les rémunérations en vigueur place Beauvau, après les déclarations de Claude Guéant assurant avoir perçu des primes en liquide. Selon lui, ces sommes en liquide proviennent de «primes de cabinet, réglées en espèce», dont il aurait bénéficié depuis son arrivée au ministère en 1977, et qui avaient été versées «à plusieurs milliers» de fonctionnaires du ministère de l’Intérieur «jusqu’à 2006».
Estimant que ces propos «ont particulièrement choqué» les fonctionnaires de police, le secrétaire général d’Unité-SGP Henri Martini, dans un courrier daté de jeudi et adressé à Manuel Valls, estime qu’il est «temps de faire une totale transparence». «Nous souhaitons pouvoir apprécier une situation très insuffisamment connue, et qui n’a jamais fait l’objet d’une communication exhaustive», ajoute Henri Martini, demandant que cet audit soit réalisé par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN, «police des polices»). Le syndicat précise que sa demande ne porte pas sur «le régime indemnitaire "classique"», mais sur «celui plus ponctuel ou aléatoire tel le régime consacré à la prime aux résultats exceptionnels (PRE) ou encore celui des hauts fonctionnaires de la police nationale».
Selon une source gouvernementale, Claude Guéant avait vraisemblablement fait allusion à un fonds spécifique à l’Intérieur dévolu aux «frais d’enquête et de surveillance», placé sous la responsabilité du directeur général de la police nationale (DGPN) et consacré en théorie à des actes d’enquête.