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La Norvège redoute le piège du procès de BreiviK

Publié le 15 avril 2012 à 16h02 | Mis à jour à 16h02

La Norvège redoute le piège du procès de BreiviK
 

Massacre en Norvège

International

La Norvège, l'un des pays les plus sûrs au monde, a été frappée le 22 juillet par ses plus lourdes attaques depuis la Seconde Guerre mondiale. Une bombe a d'abord explosé au centre-ville d'Oslo, puis une fusillade a tourné au carnage, sur l'île d'Utoya, près d'Oslo. »

 

L'extrémiste de droite, Anders Behring Breivik.... (Photo: AFP)

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L'extrémiste de droite, Anders Behring Breivik.

Photo: AFP

 

Pierre-Henry DESHAYES
Agence France-Presse
Oslo

L'extrémiste de droite Anders Behring Breivik, qui estime qu'un procès est «une excellente occasion» de répandre son idéologie, a vu ses projets en partie contrecarrés par la justice, mais la procédure risque de ne pas être exempte de tout débordement idéologique pour autant.

Un mollah fondamentaliste, un blogueur mentor de Breivik, d'ex-«mauvais garçons» de la droite populiste opposés à l'immigration... Si elle fait la part belle aux traditionnels experts médicaux, la liste des témoins appelés à la barre au procès qui s'ouvre lundi est aussi le Who's who de l'extrémisme norvégien.

«Je crains que l'on ait fait appel à des témoins connus qui n'ont pas grand-chose à apporter pour faire la lumière sur l'affaire, mais qui sont là pour leur notoriété», s'est inquiété Harald Stabell, un célèbre avocat norvégien.

«Le risque, c'est qu'on soit exposé à un brouhaha politique, à trop de choses qui ne sont pas pertinentes et que l'attention se déplace sur les témoins au détriment du dossier lui-même», a-t-il expliqué à l'AFP.

La liste relativement sulfureuse des témoins s'explique par la volonté des avocats de Breivik de démontrer la responsabilité pénale de leur client qui a tué 77 personnes le 22 juillet 2011 et qui refuse de voir son idéologie être invalidée par un diagnostic des psychiatres.

L'objectif est de prouver que Breivik n'est pas seul dans sa vision d'un monde où islam et Occident sont en guerre et que les «délires» pathologiques relevés chez lui par une expertise psychiatrique l'an dernier constituent en fait un mode de pensée partagé par d'autres, même ultraminoritaires.

Parmi les témoins appelés à la barre figure donc le mollah Krekar, fondateur du groupe islamiste kurde irakien Ansar al-Islam, qui vient d'être condamné en Norvège à cinq ans de prison pour appels au meurtre.

Il côtoiera «Fjordman», un blogueur cité à longueur de pages par Breivik dans le «manifeste» idéologique diffusé le jour des attaques, d'anciens élus exclus du parti du Progrès (droite populiste), le chef de l'organisation Stoppez l'islamisation de la Norvège ou encore celui de la Norwegian Defence League.

«Il y a des raisons de redouter que certains témoins de la défense de Breivik ne puissent contribuer à transformer en cirque un procès extrêmement grave», s'est inquiété dans un éditorial le journal Dagsavisen au début du mois avant même la publication complète des noms des témoins.

Mais l'avocat de Breivik, Geir Lippestad, s'est voulu rassurant. «Ce ne sera pas une semaine de propagande politique», a-t-il dit, évoquant la période au cours de laquelle ses témoins s'exprimeront. «Ce qui en ressortira sera pertinent du point de vue judiciaire», a-t-il affirmé.

Rédacteur en chef politique du journal norvégien de référence Aftenposten, Harald Stanghelle s'est aussi dit confiant.

«Je ne pense pas que ça va être un cirque ou une tribune idéologique pour radicaux, islamistes ou extrémistes de droite, tout simplement parce que la procédure est encadrée par des règles très strictes», a-t-il dit à l'AFP.

D'autant que plusieurs témoins ont déjà indiqué qu'ils saisiraient l'occasion pour prendre leurs distances avec le tueur.

Breivik, lui, sera en partie muselé.

«L'objectif du combattant de la résistance européenne n'est pas de gagner le procès, mais de présenter (...) sa cause sous la lumière la plus favorable afin de contribuer à générer un maximum de sympathisants et de partisans», expliquait-il dans son manifeste.

Mais la justice a interdit la retransmission télévisée de ses déclarations, jugeant que, devant les caméras, ses propos pourraient «contribuer à déplacer l'attention des crimes dont il est accusé vers son message idéologique» et «entraîner une souffrance déraisonnable pour les familles des victimes et les survivants».

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