La Redoute pourra-t-elle échapper au redressement judiciaire?
Nathalie Balla et Éric Courteille, les dirigeants du leader français de
la vente à distance de vêtements qui en négocient depuis le 4 décembre
la reprise pour un euro symbolique à Kering, ont annoncé vendredi
après-midi qu'ils avaient «l'obligation d'informer le président du tribunal
de commerce de Lille des difficultés financières auxquelles est confrontée
l'entreprise (…) en anticipation de l'arrêt du financement de l'exploitation de
La Redoute par Kering.»
Après plusieurs mois de négociations dans un contexte social très
tendu, ils ne sont pas parvenus à faire accepter par les syndicats les
mesures sociales d'accompagnement de leur plan de redressement de
l'entreprise, qui comprend la suppression de 1178 des 3437 emplois à
La Redoute et de 172 des 569 postes chez Relais Colis.
Pétition, manifestations de salariés de La Redoute, sortie publique de
Martine Aubry, montée à Lille de dirigeants de la fédération services
de la CFDT… rien n'a permis de convaincre les délégués syndicaux de ce
syndicat chez La Redoute de
signer le protocole d'accord proposé par la direction avant l'ultimatum
fixé à vendredi, 14 heures. Seule la CFE-CGC, deuxième syndicat à
La Redoutel'a signé. Face à l'opposition de la CGT, il fallait l'approbation
de SUD ou de la CFDT pour valider le protocole d'accord. Une condition
à la mise en œuvre de la cession de
La Redoute par Kering.
Les salariés encartés à la CFDT ont voté jeudi soir, à main levée, contre
le vote. Selon nos informations, le délégué syndical central, personnelle-
ment favorable à une signature du protocole, n'a pas voulu assumer
seul la responsabilité de le parapher. Et la fédération des services de
la CFDT n'a pas souhaité, ou osé, se substituer à lui.
Kering avait manifesté mercredi sa détermination de ne plus financer
les pertes de l'entreprise en l'absence d'accord. Depuis deux ans, La
Redoute perd plusieurs de millions d'euros par an, et son chiffre d'
affaires recule de 10% par an (1 milliard d'euros l'an passé). Cette
menace n'a pas calmé les très vives tensions entre les salariés et les
syndicats favorables à un accord et les jusqu'au-boutistes. «Nous sommes
déterminés et irons jusqu'au bout, assurait mercredi un représentant de la CGT.
Si La Redoute devait fermer, ce serait de la responsabilité de son PDG, François
-Henri Pinault, qui en supporterait les conséquences, et là, si on doit négocier
les licenciements avec Kering, on n'exigera pas 40.000 euros
de prime de départ, mais beaucoup plus.»
Un référendum des salariés pour sortir de l'impasse?
Au contraire, si le processus de cession s'arrête, les 520 millions d'euros promis
par Kering aux repreneurs (320 pour le projet de transformation et 200 pour
les mesures
d'accompagnement sociales) deviendraient pourtant… zéro.
Toutefois, le groupe contrôlé par la famille de François-Henri Pinault,
proche du président de la République, prendrait un risque d'image à
s'engager dans un tel processus, surtout en pleine période électorale.
La partie de poker menteur n'est pas terminée, d'autant que personne
ne voudra assumer la responsabilité d'une issue fatale, y compris le
président du tribunal de commerce.
Dans son entourage, certains pourraient tenter de convaincre les
syndicats de la réalité du danger s'il devait engager une procédure.
Une issue serait un référendum des salariés sur les mesures proposées
par la direction. En cas de vote favorable, La Redoute pourrait enfin
passer à l'étape suivante: la mise en œuvre du plan de redressement,
crucial pour la survie d'un ex-fleuron de la VPC.
