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La Russie finit par reconnaître que l’ère du président Bachar al-Assad semble toucher à sa fin, envisageant ainsi l’idée d’une Syrie sans le régime dynastique qui a été son allié pendant des décennies, estimaient vendredi des analystes.
«La Russie n’est pas aveugle, et les diplomates russes ne sont pas idiots. Ils voient que la tendance va dans une seule direction», déclare à l’AFP Fiodor Loukianov, chef du Conseil de politique extérieure et de défense, une institution basée à Moscou. «Tout le monde sait déjà comment cela va finir, il reste juste à savoir quand», ajoute-t-il.
La Russie, seule grande puissance aux relations étroites avec le régime syrien, a ainsi pressé vendredi le président Assad à faire le «maximum» pour concrétiser ses intentions de dialoguer avec l’opposition en vue de résoudre le conflit. Cette déclaration est intervenue au lendemain d’entretiens à huis clos à Moscou entre un vice-ministre syrien des Affaires étrangères, Fayçal Mokdad, et le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, et à la veille de la visite de l’émissaire international pour la Syrie, Lakhdar Brahimi, attendu tout juste après ses négociations à Damas avec les principales parties dans le conflit. La diplomatie russe, qui s’est montrée jusqu’ici hostile à la Coalition de l’opposition syrienne, a en outre annoncé vendredi avoir invité le chef de cette institution, Moaz el-Khatib, afin de participer à des négociations en vue d’un règlement du conflit. Le changement d’attitude de Moscou intervient sur fond de violents combats en Syrie où les rebelles semblent avoir évincé les forces syriennes de plusieurs zones stratégiques, alors que l’aviation du régime de Bachar al-Assad mène des raids au-dessus de la province de Damas, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).
A la mi-décembre, un vice-ministre russe des Affaires étrangères, Mikhaïl Bogdanov, avait déjà reconnu que Damas perdait de «plus en plus» le contrôle du pays et qu’une victoire de l’opposition n’était pas à exclure.
Même si la diplomatie russe a aussitôt démenti ces propos, en assurant que la Russie n’avait pas changé de position, les autorités russes ne cessent depuis de faire des déclarations qui vont dans le même sens. «Nous ne sommes pas préoccupés par le sort du régime Assad. Nous savons ce qui se passe là-bas et que cette famille (Assad, ndlr) est au pouvoir depuis 40 ans. Des changements sont sans aucun doute nécessaires», a ainsi déclaré le président russe Vladimir Poutine, lors de sa conférence de presse annuelle la semaine dernière. Il a indiqué peu après que la Russie était «intéressée» par l’instauration d’un régime démocratique en Syrie, soulignant que Moscou «n’était pas l’avocat des autorités syriennes».
Pour sa part, M. Lavrov, a appelé l’Occident à «ne pas utiliser la Russie comme un facteur» pour transmettre à Damas un message demandant le départ du président al-Assad.
«Si M. Assad est intéressé, cela doit être discuté directement avec lui», a-t-il déclaré dans une interview à la chaîne de télévision russe en langue anglaise Russia Today.
L’«objectif principal» de la Russie est actuellement de «ne pas permettre un changement de régime en Syrie à l’aide d’une intervention militaire», afin d’éviter une répétition du scénario libyen, estime M. Loukianov. Ainsi, «tout processus politique qui aboutira à un changement de régime en Syrie conviendra à la Russie», souligne-t-il.
Armé d’un détecteur de métaux rudimentaire, l’ingénieur Abou Baeda arpente la frontière syro-turque sans relâche. La mission de ce rebelle : éviter que les mines antipersonnelles ne continuent de faire de ravages parmi les Syriens qui fuient les violences. Samer Mohammed al-Ater a perdu une jambe il y a près de trois mois. Comme beaucoup d’habitants du Nord syrien, il avait trouvé refuge en Turquie pour se protéger des combats. Un jour qu’il traversait, clandestinement, la frontière dans l’autre sens pour apporter de la nourriture à son village de Khirbet al-Joz, dans la province d’Idleb, il a été victime de l’une de ces mines posées, selon les rebelles, par l’armée. La zone est désormais contrôlée par les rebelles, et nombre de combattants et d’habitants traversent chaque jour la frontière, clandestinement ou non. Pour éviter que d’autres civils ne fassent les frais des mines, les rebelles ont chargé Abou Baeda, ancien ingénieur militaire qui a déserté l’armée régulière, de parcourir les vergers qui bordent la frontière.
Son détecteur est rudimentaire, mais il a déjà permis d’extraire près de 450 mines non-explosées. Et il y en a encore beaucoup, dit-il à l’AFP.