10 ans de prison, c’est la peine que le chef de file du SPD aimerait voir infliger aux banquiers suisses qui détournent illégalement l’épargne des contribuables allemands en leur promettant d’échapper à l’impôt. Sigmar Gabriel s’était déjà fait remarquer la semaine dernière en appelant son pays à réviser sa loi fondamentale, autrement dit, sa constitution - pour permettre l’instauration des euro-obligations. Il a enfoncé le clou ce dimanche 12 août avec cette attaque contre ces banquiers suisses dont les activités en Allemagne relève, ce sont ses termes, de la "criminalité organisée".
Citant en exemple la sévérité des autorités fédérales américaines à l’encontre des banques helvétiques incitant à l’évasion fiscale les contribuables états-uniens, le chef de file du SPD a également pris la défense du Land de Rhénanie du Nord Westphalie dirigé par son parti, qui a récemment acheté à des salariés de banques suisses des CD dans lesquels figurent les noms d’évadés fiscaux allemands.
L'accord fiscal entre l'Allemagne et la Suisse a-t-il du plomb dans l'aile ?
Interrogé par le quotidien économique et financier Handelsblatt, les banquiers implicitement mis en cause estiment que ces déclarations vont avoir une conséquence logique : l’accord fiscal entre les deux pays ne pourra pas être entériné. Dans un entretien publié ce dimanche par l'hebdomadaire suisse SonntagsZeitung, Norbert Walter-Borjans, le ministre des Finances du Land de Rhénanie du Nord-Palatinat est du même avis. A ses yeux, l’accord conclu entre son pays et la Suisse est "plus utile aux fraudeurs qu'au fisc" et il annonce qu’en conséquence, il fera tout pour que le Bundesrat, la chambre haute du parlement allemand, refuse de le ratifier.
A un peu plus d’un an des élections générales en Allemagne, cette attaque en règle du SPD contre une supposée mollesse du gouvernement fédéral vis-à-vis de l’évasion fiscale, oblige évidemment les proches d’Angela Merkel à réagir. Hans Michelbach, le chef de la CSU - l’aile bavaroise de la CDU – reproche au SPD sa "haine idéologique aveugle". Et Rainer Brüderle, le patron du groupe parlementaire FDP - les libéraux qui soutiennent le gouvernement d’Angela Merkel – critique les achats de listings opéré par la Rhénanie du Nord-Westphalie : "L’évasion fiscale n’est certes pas une peccadille, mais acheter des données volées, pour un Etat, ce n’est pas très propre".
Berlin cherche à rassurer Berne
De son côté, le porte-parole de la chancelière allemande a tenu à rassurer les autorités helvétiques. Lors d'une conférence de presse, Steffen Seibert a expliqué que l'accord fiscal était, pour Angela Merkel et son gouvernement, une façon adéquate de résoudre de manière satisfaisante cette question difficile entre les deux pays, "à la fois pour le passé et pour l'avenir".
Mais la vraie conséquence de cette polémique est pointée du doigt par le Handelsblatt. Sur son site internet, la bible du monde des affaires outre-Rhin, souligne que la Confédération helvétique n'est d'ores et déjà plus considérée comme un eldorado par les contribuables qui fraudent le fisc allemand. Ces derniers seraient de plus en plus nombreux à transférer leurs avoirs dans les banques suisses vers Singapour ainsi qu'au Moyen-Orient et notamment à Dubaï et au Bahreïn.
