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Abdelhakim Dekhar a été placé en garde à vue pour tentatives d’assassinats pour les trois attaques du hall de BFM-TV, de Libération et de la Société générale de la Défense. Il a également été placé en garde à vue pour faits d'enlèvement et séquestration pour sa prise d'otage d'un automobiliste entre Puteaux et les Champs-Elysées, a annoncé jeudi peu avant midi le procureur de Paris, François Molins. Interpellé mercredi soir dans un état « semi-conscient » dans une voiture garée dans un parking souterrain de Bois-Colombes (banlieue nord-ouest de Paris), Abdelhakim Dekhar est désormais « audible ». Il va être entendu lors d’interrogatoires qui doivent débuter à la mi-journée et sera soumis à une expertise psychiatrique pour déterminer les raisons de ses agissements, a précisé François Molins lors d'une conférence de presse.
Après plusieurs jours de traque fiévreuse, les autorités françaises ont donc confirmé que le tireur du quotidien « Libération » , interpellé mercredi soir dans la banlieue parisienne , était bien Abdelhakim Dekhar, qui a été confondu par son ADN. Agé de 48 ans, l’homme avait déjà été condamné pour avoir fourni une arme dans l’équipée sanglante de Florence Rey et Audry Maupin, qui s’était achevée par la mort de trois policiers, d’un chauffeur de taxi et de Maupin lui-même en octobre 1994.
Quelles ont pu être ses motivations aujourd’hui ? Le procureur a précisé que le suspect avait laissé plusieurs lettres. Dans une ce ces lettres, Dekhar dénonce « un complot fasciste » et le rôle des médias, payer pour « faire avaler le mensonge à la petite cuillère ». Ces «raisonnements confus», selon le procureur Molins, «tournent autour d’un complot qui viserait à faire revenir le fascisme à travers l’action des médias, des banques, la gestion des banlieues» et se terminent par «l’évocation du chant des partisans». Le procureur de la République de Paris a aussi insisté sur les «tendances affabulatrices» de Dekhar, soulignées par les experts-psychiatres lors de l’affaire Rey-Maupin. Enfin, il a expliqué que ni l’arme utilisée, ni les vêtements portés par Dekhar, n’ont été retrouvés pour l’instant.
Selon le procureur de Paris, l’appel à témoins a été «particulièrement déterminant» dans l’arrestation de Dekhar. Le tournant «décisif» est intervenu mercredi en début de soirée lorsque l’hébergeur du suspect est venu témoigner au commissariat de Courbevoie (92). Selon ce témoignage, les deux hommes s’étaient rencontrés il y a 13 ans à Londres, où Dekhar travaillait dans un restaurant, a expliqué le procureur de Paris. Depuis, Dekhar se rendait de temps en temps chez cet homme lors de séjours à Paris. En juillet, il y est venu avec l’intention de passer un mois en France. Il n’est pas reparti en Angleterre et est resté jusqu’au 10 novembre, selon le procureur. L’hébergeur a expliqué être rentré d’un voyage à l’étranger le 18 novembre, soit le jour de l’attaque de BFMTV.
Abdelhakim Dekhar, surnommé « Toumi » à l’époque, est un personnage assez mystérieux, fantôme surgi brutalement des années 90. Il avait été condamné à quatre ans de prison en 1998 pour complicité dans l’affaire Florence Rey-Audry Maupin, pour avoir acheté le fusil à pompe qui avait servi à l’équipée sanglante des deux jeunes gens qui avait fait cinq morts, trois policiers, un chauffeur de taxi et Audry Maupin, le 4 octobre 1994 autour de la place de la Nation à Paris. Il est décrit par ceux qui ont suivi l’affaire Rey-Maupin comme « un personnage intriguant, machiavélique » , « un homme énigmatique, étrange ».
Lors du procès, Abdelhakim Dekhar, alors âgé de 33 ans, avait vainement tenté de persuader la cour qu’il était un agent en mission de la Sûreté militaire algérienne, chargé d’infiltrer les milieux autonomes pour en débusquer d’éventuels intégristes. Condamné exactement à la durée de sa détention provisoire, il avait été libéré dans la foulée. Il est « probablement » parti à l’étranger » sur la période qui a suivi, selon Manuel Valls, mais son parcours et ses motivations restent largement inconnues. Les enquêteurs devront aussi déterminer « pourquoi il n’était pas sur les fichiers qui auraient pu permettre de l’identifier ».
Le profil génétique du tireur parisien avait été établi grâce à l’ADN détecté sur plusieurs scènes de crime depuis le début de la semaine. Les empreintes génétiques ont permis aux enquêteurs d’acquérir la certitude qu’un même homme était l’auteur de l’attaque de lundi à « Libération », où un assistant photographe a été grièvement blessé, des tirs qui ont suivi sans faire de victime à La Défense ainsi que de la prise d’otage d’un automobiliste dans la foulée. Les enquêteurs sont également persuadés que c’est le même homme qui a fait irruption vendredi dernier au siège de la station de radio-télévision BFMTV, menaçant un de ses rédacteurs en chef.
« Il a fallu quatre à cinq heures pour confondre à travers l’ADN cet individu », a souligné le ministre de l’Intérieur Manuel Valls dans la nuit de mercredi à jeudi, se disant fier du « travail remarquable » accompli par les forces de police et saluant la « prouesse » de la police scientifique.
Depuis l’appel à témoin lancé lundi soir et au fil de la diffusion d’images tirées de la vidéosurveillance montrant le tireur, des centaines de témoignages ont été recueillis. Les enquêteurs ont épluché 1,2 million de données téléphoniques et passé au crible les enregistrements des caméras de vidéosurveillance, a précisé Manuel Valls.
Le ministre de l’Intérieur a expliqué jeudi que le jeune assistant photographe blessé au thorax et à l’abdomen lundi dans le hall de Libération « qui a été un moment entre la vie et la mort », « heureusement aujourd’hui va mieux ». « Il a pu être réveillé et sevré de ventilation artificielle », selon l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, mais restait « en réanimation pour une surveillance clinique ». « Je pense à César et à sa famille. Je suis très soulagé aussi par rapport à eux. César, je l'ai vu, je lui ai parlé, il va bien. C'est un garçon qui est définitivement maintenant du côté de la vie », a affirmé jeudi matin le directeur de publication de Libération Nicolas Demorand.
Jeudi matin, François Hollande a salué « l'efficacité des services de police et de justice » dans cette affaire. « Le président de la République tient à saluer l'efficacité des services de police et de justice qui ont travaillé sans relâche pour l'arrestation de l'auteur présumé des agressions perpétrées à BFMTV et au journal Libération », indique un communiqué de l'Elysée. De son côté, Matignon a adressé « toutes ses félicitations aux personnels de police et aux magistrats qui se sont mobilisés sans relâche depuis lundi pour permettre son interpellation ». Le Premier ministre « réaffirme son soutien à l’ensemble des victimes de ce drame ».
Source AFP