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Il y a deux façons de considérer l'Inde. La première consiste à analyser le développement du pays à l'aune des progrès réalisés au cours des dernières années (la croissance s'est établie à 7 % en moyenne par an depuis une vingtaine d'années), au regard des grands indicateurs comme la part des services dans l'économie ou les réserves de change. Pourtant, -et c'est la deuxième façon d'appréhender ce pays-, il existe une montée de risques qui, s'ils se matérialisent, vont peser sur l'environnement des affaires. Il ne s'agit pas simplement des ratés que connaît le moteur indien amenant le PIB du deuxième trimestre (+5,3 %) à son plus bas niveau enregistré depuis neuf ans. Mais bien plus de risques structurels. La 4ème édition de l'enquête menée par Coface India auprès de 988 entreprises indiennes (publiques, privées, tous secteurs), met en évidence «les goulets d'étranglement», selon Constance Boublil, économiste Risque pays de Coface qui pénalisent le pays. Au niveau des infrastructures déjà. La coupure géante de l'été qui a affecté 600 millions de personnes est venue le rappeler brutalement. La production d'électricité demeure en sous-capacité chronique ce qui conduit à une moyenne de 85 jours par an de coupures pour les entreprises. Les transports ne font pas mieux. Outre le réseau ferroviaire vieillissant, la route sur laquelle transitent les 2/3 des marchandises ne remplit pas son office, les autoroutes ne représentant que 2 % du réseau routier. Quant aux infrastructures portuaires, le délai moyen de rotation des navires est de 4 jours environ contre quelques heures à Hong Kong ou Singapour. En outre, sur une tendance longue, il n'y a pas réellement de perspective d'amélioration.
L'autre verrou tient à l'éducation où en Inde, le taux d'alphabétisation est de 63 % contre 90 % en Chine. Dans l'un et l'autre de ces deux pays « les salaires ont fortement augmenté ces dernières années, ce qui affecte les marges des entreprises et donc leurs décisions d'investissements » note l'étude. Seulement, si les hausses en Chine sont restées pilotées par les autorités, en Inde « c'est une pénurie de main d'oeuvre qualifiée qui tire vers le haut les salaires des employés les plus qualifiés ». A l'avantage de l'Inde, la croissance démographique reste dynamique tandis qu'en Chine, le vieillissement de la population va devenir de plus en plus fort.
Une autre menace, sans doute la plus délicate à dissiper, plane sur le continent du fait de l'immobilisme politique de sa classe dirigeante peu pressée de lancer les réformes structurelles nécessaires. «Certains indicateurs de gouvernance pointent du doigt des défaillances persistantes dans la qualité de la réglementation et un niveau de corruption très élevé au point d'avoir généré un vaste mouvement de manifestations» relève l'étude. De leur côté, les investisseurs étrangers ne cachent pas leur surprise face aux réticences suscitées par l'ouverture aux capitaux non indiens des secteurs de l'aviation et du commerce de détail. Comme il l'a fait l'an dernier, le gouvernement pourrait être tenté de repousser à nouveau l'ouverture de ces secteurs. Et d'oublier que ce sont principalement les politiques qui peuvent faire entrer le pays dans un nouveau cycle de croissance.