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Les Infidèles : ces nouveaux monstres

Les Infidèles : ces nouveaux monstres
Dimanche 4 Mars 2012 à 05:00

Lisa Vignoli
Journaliste chez Marianne, notamment en charge des médias En savoir plus sur cet auteur

Chronique d'un carton annoncé, les infidèles enchaînent les sketches désopilants. Pas vraiment à la gloire de l'éternel masculin.


 

Les Infidèles : ces nouveaux monstres
 

C’est ce qu’on appelle un « gros coup ». Prenez l’acteur le plus bankable du moment (Dujardin l'Américain), ajoutez-y une campagne d’affichage retirée dans toutes les villes de France pour avoir été -dit-on- sexiste et vous obtiendrez un film qui a cartonné dès son premier jour en salles avec 214.000 entrées et devrait largement atteindre le million de spectateurs d'ici la fin de la semaine.

Un cocktail chargé comme Jean Dujardin et Gilles Lellouche en commandent dans les bars, boîtes et autres séminaires qu’ils écument la nuit durant tout le film, changeant de rôle comme de partenaire. Dans cet enchaînement de sketches vus par sept réalisateurs différents, le duo se fait tour à tour, trader, sportif de haut niveau, commercial en galère, ou dentiste en pleine crise de la quarantaine. Il en ressort une espèce de guide pratique sur le mode du « comment tromper sa femme en six leçons ». Et autant d’inégalités. En effet, certains sont efficaces. On pense notamment à « La question », saynète réalisée par Emmanuelle Bercot, bras de fer tendu et réaliste entre mari et femme (Alexandra Lamy époustouflante et Jean Dujardin) ou à «La bonne conscience »  de Michel Hazanavicius.

D’autres, à l’image des « infidèles anonymes », réunion calquée sur le modèle des alcooliques anonymes et présidée par une Sandrine Kiberlain parfaite en tentatrice d’une horde d’incurables séducteurs, sont même désopilants. Il faut dire que cette thérapie de groupe est l’occasion de croiser Guillaume Canet, hilarant dans le rôle de Thibault, serial trompeur dans un corps de catho de bonne famille tendance élève modèle.

Malheureusement, outre ces quelques rares espaces réjouissants, « Les infidèles » ont de quoi agacer. Les femmes y sont forcément des fouilleuses de téléphone, des mères au foyer dépassées (Géraldine Nakache), des castratrices entretenant leur mari (Mathilda May) ou des prostituées aussi niaises que peroxydées. Au choix.
Et gare à celui, ou surtout celle, qui convoquerait la vulgarité, le film serait en fait bourré d’auto-dérision. On veut bien le croire quand, dans l’ultime sketch réalisé par Dujardin et Lellouche en personne, les deux comédiens font des clins d’œil appuyés au Secret de Brokeback Mountain le film d’Ang Lee évoquant la passion brûlante de deux cow-boys homosexuels. C’est plus compliqué lorsque les clichés abondent et qu’on se demande s’il faut s'amuser d'entendre « Un jour on va être obligé d’être fidèle et cocu, ça va beaucoup trop loin cette histoire de parité ». Ce jour-là, on espère qu'ils feront un film sur l’infidélité féminine, qu’on s’amuse tous.

Durée : 1h48. Réalisé par Jean Dujardin et Gilles Lellouche, Emmanuelle Bercot, Fred Cavayé, Alexandre Courtès, Michel Hazanavicius, Eric Lartigau.

En salles depuis le 29 février.

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